Contrebasse
Tout savoir sur la contrebasse : accord en quartes, archet français ou allemand, pizzicato et slap en jazz, tailles, entretien et grands interprètes.

La contrebasse est le plus grave des instruments à cordes frottées d’usage courant : seule l’octobasse la dépasse en taille. Haute d’environ 1,80 m de la volute à la pique, elle possède quatre cordes accordées en quartes (mi, la, ré, sol) et sonne une octave plus bas que ce qui est écrit. On la joue à l’archet dans l’orchestre, et surtout en pizzicato, cordes pincées, dans le jazz, le blues et le rockabilly.
Comment fonctionne une contrebasse ?
La contrebasse emprunte à deux familles. Elle appartient à celle du violon, mais ses épaules tombantes et son fond incliné rappellent les violes. Les luthiers distinguent trois contours : en violon, en viole de gambe et en « busetto ». La table est en épicéa, le fond et les éclisses en érable, la touche en ébène ; les instruments d’étude utilisent souvent du contreplaqué, et certains fabricants proposent des modèles en fibre de carbone.
Contrairement au violoncelle et au reste de la famille, accordés en quintes, la contrebasse est accordée en quartes, un choix fait avant tout pour faciliter le doigté. La partition s’écrit en clé de fa, avec la clé d’ut quatrième ligne pour les passages aigus. Pour descendre plus bas, on ajoute une cinquième corde (si grave, ou do grave dans l’école française) ou une extension mécanique qui prolonge la corde de mi jusqu’au do, soit quatre demi-tons de plus. En soliste, l’instrument est souvent accordé un ton plus haut (fa dièse, si, mi, la).
Archet français ou archet allemand ?
À la contrebasse, deux types d’archets coexistent. L’archet français se tient comme celui du violon ou du violoncelle, main au-dessus de la baguette. L’archet allemand, plus court et plus large, possède une hausse plus haute et se tient comme une poignée de main, paume tournée vers le haut, à la manière de la viole de gambe ; c’est le plus ancien des deux modèles.
Ses défenseurs prêtent à l’archet français plus de maniabilité, à l’allemand une meilleure transmission du poids du bras ; les grands orchestres actuels emploient les deux. Les archets de contrebasse mesurent de 60 à 75 cm, en pernambouc ou en carbone, avec une mèche de crins blancs, noirs ou « poivre et sel ».
Histoire de la contrebasse : les dates clés
- XVIIe siècle : la contrebasse succède au violone et à la contrebasse de viole, et entre dans l’orchestre au milieu du siècle.
- 1706 : Marin Marais l’emploie dans la scène de la tempête de son opéra Alcyone.
- Début du XIXe siècle : Domenico Dragonetti, figure de la Philharmonic Society de Londres, écrit dix concertos et joue une contrebasse à trois cordes.
- 1832 : en France, Cherubini impose l’accord en quartes, alors que l’accord en quintes dominait.
- 1849-1851 : Jean-Baptiste Vuillaume construit l’octobasse, géante à trois cordes de 3,48 m.
- XIXe siècle : Giovanni Bottesini (1821-1889), surnommé le « Paganini de la contrebasse », en fait un instrument de virtuose.
- Milieu du XXe siècle : les cordes métalliques, plus stables et plus robustes, remplacent le boyau.
Pizzicato et jazz : walking bass et slap
Dans les premiers orchestres de jazz, la contrebasse partage la ligne de basse avec le tuba, avant de s’imposer vers 1932-1933. Dans la section rythmique, deux techniques la caractérisent : la walking bass, une note par temps, et le slap, qui fait claquer la corde sur la touche. Dans les années 1920 et 1930, cette frappe percussive aide le contrebassiste à se faire entendre de tout l’orchestre ; le rockabilly et le psychobilly la reprennent ensuite, comme Lee Rocker avec les Stray Cats.
Jimmy Blanton, qui joue chez Duke Ellington d’octobre 1939 à novembre 1941, rapproche l’instrument du rôle de soliste : le 22 novembre 1939, ses duos avec Ellington, Blues et Plucked Again, sont présentés comme les premiers duos piano-contrebasse enregistrés commercialement. Suivent Ray Brown, Paul Chambers, Scott LaFaro et Charles Mingus, aussi grand compositeur que contrebassiste. Ron Carter, pilier du deuxième quintette de Miles Davis de 1963 à 1968, est reconnu par le Guinness World Records comme le contrebassiste de jazz le plus enregistré, avec 2 221 séances. En France, Louis Vola tient la contrebasse du Quintette du Hot Club de France dès sa création en 1934. Le jazz-rock, lui, a préféré la basse électrique.
Sur scène, la contrebasse s’amplifie le plus souvent avec un micro piézoélectrique relié par un câble jack ; les musiciens de rockabilly y ajoutent souvent un petit micro statique pour capter le claquement du slap.
Quelles tailles de contrebasse ?
Comme pour le violon, les fractions sont conventionnelles : une contrebasse 1/2 n’est qu’environ 15 % plus petite qu’une entière. Le format 3/4, haut de 182 cm en moyenne, est le plus répandu aujourd’hui, y compris chez les musiciens d’orchestre ; le 4/4 atteint 190 cm en moyenne et reste plus rare. Des formats 1/2 et 1/4 existent pour les plus jeunes.
Comment choisir une contrebasse et débuter
Les instruments d’étude sont souvent fabriqués en contreplaqué, quand les modèles de luthier utilisent l’épicéa et l’érable. La taille et le type d’archet se décident avec le professeur, puisque les deux archets coexistent jusque dans les grands orchestres. Le jazz se joue surtout en pizzicato, l’orchestre demande l’archet : un débutant gagne à travailler les deux.
La lecture se fait en clé de fa : le guide lire une partition, les bases du solfège aide à s’y retrouver. L’accord en quartes (mi, la, ré, sol) se vérifie avec un accordeur chromatique en ligne, en se souvenant que l’instrument sonne une octave sous la note écrite.
Entretien : colophane, cordes et crins
Plus l’instrument est grand, plus la colophane doit être tendre : celle de la contrebasse est assez souple pour se déformer sous une pression lente. Les cordes métalliques, aujourd’hui la norme, tiennent bien l’accord ; le boyau subsiste dans la musique baroque, le rockabilly, le blues, le bluegrass et le jazz traditionnel, car il ménage les doigts pour le slap.
Le reste suit les règles de la famille : poussière de colophane essuyée après chaque séance avec un chiffon doux, mèche détendue avant de ranger l’archet, cordes changées une par une pour que le chevalet reste en place, et remèchage confié à un atelier avant que trop de crins ne cassent.
Contrebassistes et œuvres de référence
Au début du XXe siècle, Serge Koussevitzky popularise la contrebasse soliste, et Gary Karr en devient le principal porte-voix à partir des années 1960. Né à Alep, François Rabbath accompagne Charles Aznavour avec son trio de 1957 à 1962, publie en 1963 The Sound of a Bass, présenté comme le premier 33 tours de contrebasse seule, puis sa Nouvelle Technique de la contrebasse (1977-1984), qui réorganise la touche en six positions.
Côté répertoire, on cite les concertos de Vanhal, Dittersdorf, Dragonetti, Bottesini et Koussevitzky, le quintette La Truite de Schubert, qui intègre une contrebasse, et L’Éléphant du Carnaval des animaux de Saint-Saëns, où elle tient le thème.
Questions fréquentes
Pourquoi la contrebasse est-elle accordée en quartes ?
Cet accord a été retenu avant tout pour faciliter le doigté, alors que les autres instruments de la famille s’accordent en quintes. En France, il s’impose en 1832 sous l’impulsion de Cherubini.
Archet français ou allemand : lequel choisir ?
Aucun n’est supérieur : le français est jugé plus maniable, l’allemand plus favorable au poids du bras, et les grands orchestres emploient les deux. Le plus simple est d’adopter celui de son professeur.
Quelle taille de contrebasse pour un adulte ?
La 3/4, haute d’environ 1,82 m, est la taille la plus utilisée, y compris en orchestre. La 4/4, plus encombrante, reste minoritaire.
Qu’est-ce que l’octobasse ?
C’est une contrebasse géante à trois cordes, haute de 3,48 m, conçue par Jean-Baptiste Vuillaume entre 1849 et 1851. Vuillaume l’a développée pour les œuvres de Berlioz.
Variantes
- Contrebasse 3/4 : format le plus répandu, environ 182 cm
- Contrebasse 4/4 : environ 190 cm, plus rare
- Contrebasses 1/2 et 1/4 : formats pour enfants et adolescents
- Contrebasse à cinq cordes : si grave ou do grave supplémentaire
- Contrebasse à extension : mécanisme qui prolonge la corde de mi jusqu’au do
Composants
- Table : épicéa
- Fond et éclisses : érable, fond souvent incliné comme sur une viole
- Touche : ébène
- Chevalet : transmet la vibration des cordes à la table
- Âme et barre d’harmonie : soutien et répartition des vibrations
- Pique : appui au sol
- Archet français ou allemand : 60 à 75 cm, pernambouc ou carbone
Techniques de jeu
- Pizzicato
- Walking bass
- Slap
- Arco (jeu à l’archet)
- Sul tasto et sul ponticello
- Harmoniques
- Doubles cordes et accords
Usages et styles
- Classique : orchestre symphonique et musique de chambre
- Jazz
- Rockabilly et psychobilly
- Blues
- Bluegrass
- Tango
Sources
- fr.wikipedia.org/wiki/Contrebasse
- en.wikipedia.org/wiki/Double_bass
- en.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Vuillaume
- en.wikipedia.org/wiki/Jimmy_Blanton
- en.wikipedia.org/wiki/Ron_Carter
- fr.wikipedia.org/wiki/François_Rabbath
- fr.wikipedia.org/wiki/Stéphane_Grappelli
- en.wikipedia.org/wiki/Rosin
- en.wikipedia.org/wiki/Clef