Accordéon
Accordéon : anches et soufflet, diatonique ou chromatique, clavier piano ou boutons, basses standard, son musette et grandes dates depuis 1829.

L’accordéon est un instrument à vent polyphonique à anches libres, dont l’air est fourni par un soufflet que le musicien ouvre et referme. Il réunit deux claviers : celui de la main droite joue la mélodie, celui de la main gauche les basses et les accords. Breveté à Vienne en 1829, il est devenu en France l’instrument du bal musette avant de gagner la chanson, le jazz et les musiques traditionnelles.
Comment fonctionne un accordéon ?
Le soufflet relie deux caisses : la partie droite reste fixe, la partie gauche va et vient avec le bras. À l’intérieur, chaque note est produite par des anches métalliques fixées par paires sur une plaque, une de chaque côté : l’une sonne quand le soufflet s’ouvre, l’autre quand il se ferme. Une peau souple, en cuir, en vinyle ou en matériau composite, empêche l’air de passer par l’anche qui doit rester muette.
C’est le soufflet qui règle le volume et l’articulation : la force avec laquelle on enfonce une touche ne change rien aux nuances. Les registres, commandés par des boutons, sélectionnent les jeux d’anches qui sonnent ensemble et modifient ainsi le timbre. Le principe est le même que celui de l’harmonica.
Accordéon diatonique ou chromatique : quelle différence ?
L’accordéon diatonique est bisonore : une même touche donne deux notes différentes selon que l’on pousse ou que l’on tire le soufflet. Il lui faut donc deux fois moins de touches pour couvrir la même étendue, ce qui le rend plus léger et plus compact. Le modèle à deux rangées, séparées par une quarte, est le standard européen ; en France, la tonalité sol-do est la plus fréquente, avec le plus souvent huit basses. On l’entend dans les bals folk, les festoù-noz, la musique cadienne ou le forró brésilien.
L’accordéon chromatique est unisonore : chaque touche produit la même note dans les deux sens du soufflet, et les douze demi-tons sont disponibles. En France, il est surtout joué dans les musiques urbaines et la variété ; c’est lui qui a supplanté le diatonique au bal musette.
Clavier piano ou boutons : comment les distinguer ?
La main droite de l’accordéon chromatique se joue sur l’un de deux claviers. L’accordéon piano reprend les touches d’un piano, avec une tessiture de 25 à 45 notes selon la taille de l’instrument. L’accordéon à boutons aligne trois à cinq rangées de boutons, pour une tessiture de 36 à 63 notes ; avec cinq rangées, un même accord se joue avec plusieurs doigtés et un doigté appris sur trois rangées se transpose facilement.
Basses standard ou basses chromatiques ?
À la main gauche, le système de basses standard, dit Stradella, associe des basses et des accords tout faits. Sur un 120 basses, le format le plus courant, vingt colonnes de boutons sont disposées selon le cycle des quintes et réparties sur six rangées : deux rangées de basses, contrebasses à la tierce et fondamentales, puis quatre rangées d’accords majeurs, mineurs, de septième et diminués. Les accords principaux d’une tonalité se retrouvent ainsi dans des colonnes voisines.
Les basses chromatiques, apparues dans les années 1930, remplacent les accords préparés par un clavier mélodique : la main gauche peut jouer une ligne en contrepoint de la main droite et construire ses accords note par note. Un mécanisme convertisseur permet de passer d’un système à l’autre sur le même instrument.
Le son musette et les registres
Les jeux d’anches se désignent en pieds : 8 pieds pour le jeu de référence, 16 pieds une octave plus bas, 4 pieds une octave plus haut. Quand deux jeux de 8 pieds sonnent ensemble avec un léger écart d’accord, leurs battements créent un trémolo, dit « sec » si l’écart est faible et « mouillé » s’il est large, la différence restant en général sous 25 cents.
L’accordéon musette pousse ce principe plus loin avec trois jeux de 8 pieds : un accordé juste, un légèrement plus haut, un légèrement plus bas. Le registre musette les fait sonner ensemble et produit le trémolo puissant associé au bal musette. Les autres registres portent des noms parlants : basson (16 pieds), clarinette (8 pieds), piccolo (4 pieds), violon (deux jeux de 8 pieds) ou master, qui ouvre tous les jeux. Sur les instruments haut de gamme, une chambre de résonance, le cassotto, adoucit certains jeux en allongeant le trajet du son ; son basson est apprécié des accordéonistes de jazz.
Histoire de l’accordéon depuis 1829
- 1829 : Cyrill Demian, facteur de pianos et d’orgues à Vienne, dépose un brevet pour un instrument baptisé « Accordion », destiné à l’accompagnement, sur lequel une touche fait sonner un accord entier.
- 1852 : Bouton conçoit un instrument doté d’un clavier piano à la main droite.
- 1854 : apparition du nom « bandonéon », formé en hommage à Band.
- 1863 : Paolo Soprani fonde à Castelfidardo la première industrie italienne de l’accordéon ; la ville réunit encore une vingtaine d’entreprises familiales.
- Vers 1880 : à Paris, les immigrés italiens font entrer l’accordéon dans les bals musette, jusque-là animés par la musette des Auvergnats, une petite cornemuse.
- Années 1930 : invention des basses chromatiques ; avant la Seconde Guerre mondiale, Gus Viseur et Tony Murena rapprochent musette et jazz.
- 1936 : ouverture du Balajo, rue de Lappe.
- Années 1950 : Yvette Horner et André Verchuren incarnent l’accordéon de bal.
- Années 1970 : retour en grâce grâce au folk et à des chanteurs comme Renaud.
- 6 avril 2024 : ouverture à Tulle de la Cité de l’accordéon et des patrimoines.
Comment choisir et débuter l’accordéon ?
Pour les musiques traditionnelles et le bal folk, le diatonique deux rangées en sol-do, plus léger, est le modèle le plus répandu en France. Pour la variété, le musette ou le jazz, il faut un chromatique, à boutons ou à touches piano. Le nombre de basses détermine la taille de l’instrument : de 8 à plus de 140 sur un accordéon piano.
Le poids dépend du nombre de jeux d’anches et de la présence d’un cassotto. Les accordéons chromatiques et piano, plus lourds, se portent avec deux bretelles ; le diatonique se tient avec une seule bretelle et une courroie pour le pouce. La partition d’accordéon s’écrit sur deux portées, en clé de sol pour la main droite et en clé de fa pour la main gauche, les accords étant souvent indiqués par un chiffrage comme Am ou D7 : les bases de lecture de partition et un travail régulier au métronome aident à coordonner les deux mains et le soufflet.
Comment entretenir un accordéon ?
Un accordéon craint d’abord la chaleur et l’humidité. Hohner rappelle qu’une voiture en plein soleil peut atteindre 70 °C, de quoi endommager les éléments qui produisent le son, et que l’humidité, surtout associée à la chaleur, peut désaccorder les anches, déformer les pièces en bois et fendre ou gonfler le soufflet.
Le nettoyage se limite à l’extérieur, avec un chiffon doux, sec et non pelucheux ; on n’ouvre pas l’instrument soi-même et on évite d’enfoncer plusieurs registres à la fois. Hors utilisation, les sangles du soufflet le maintiennent fermé. L’accord des anches, à la lime et au grattoir, relève d’un professionnel ; selon Hohner, une révision régulière n’est pas nécessaire avec un usage normal, mais un contrôle occasionnel par un technicien préserve la valeur de l’instrument.
Accordéonistes de référence
Le musette s’est construit avec Émile Vacher, Jo Privat, Gus Viseur et Tony Murena. Marcel Azzola (1928-2019) a accompagné Édith Piaf, Yves Montand, Barbara ou Juliette Gréco, et joué sur les trois derniers albums de Jacques Brel ; c’est à lui que s’adresse le « Chauffe, Marcel » lancé par Brel pendant l’enregistrement de Vesoul.
Né à Cannes, Richard Galliano a été encouragé en 1980 par Astor Piazzolla à inventer un « new musette », comme celui-ci avait créé le nouveau tango. Son album New York Tango (1996) a reçu la Victoire du jazz de l’album instrumental en 1997. Vincent Peirani, Lionel Suarez ou Pascal Contet comptent aussi parmi les accordéonistes de référence en France, tandis que Cheb Khaled ou Youssra El Hawary le font entendre dans les musiques arabes et maghrébines.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un accordéon diatonique et chromatique ?
Le diatonique est bisonore : chaque touche donne deux notes selon le sens du soufflet, et il est construit sur des gammes diatoniques, en sol et do sur le modèle courant. Le chromatique est unisonore et dispose des douze demi-tons, ce qui permet de jouer dans toutes les tonalités.
Combien de basses pour un accordéon ?
Le 120 basses est le format le plus répandu. Les accordéons piano vont de 8 à plus de 140 basses, tandis que les diatoniques se contentent le plus souvent de 8 basses, parfois 18 ou 24.
Qui a inventé l’accordéon ?
Le brevet de référence est celui de Cyrill Demian, déposé à Vienne en 1829. Christian Friedrich Ludwig Buschmann, à Berlin, est parfois présenté comme l’inventeur de sa forme de base, mais aucun document ne l’atteste.
Variantes
- Accordéon diatonique : bisonore, deux rangées en sol-do le plus souvent
- Mélodéon : diatonique à une rangée (Québec, Louisiane)
- Accordéon chromatique à boutons : unisonore, 3 à 5 rangées
- Accordéon piano : clavier à touches de piano, unisonore
- Accordéon musette : trois jeux de 8 pieds pour le trémolo
- Accordéon à basses chromatiques ou convertisseur : main gauche mélodique
Composants
- Soufflet : fournit l’air et règle les nuances
- Clavier main droite (piano ou boutons) : mélodie
- Clavier main gauche : basses et accords, standard ou chromatiques
- Anches et plaques d’anches : produisent le son
- Registres : sélectionnent les jeux d’anches
- Cassotto : chambre qui adoucit certains jeux
- Bretelles et sangles de soufflet : portage et fermeture
Techniques de jeu
- Conduite du soufflet (poussé-tiré)
- Changement de registres
- Jeu basse-accord en basses standard
- Contrepoint en basses chromatiques
- Lecture en tablature poussé-tiré (diatonique)
Usages et styles
- Musette
- Chanson française
- Variété
- Jazz
- Musiques traditionnelles et bal folk
- Musique cadienne et zydeco
- Forró
- Musiques arabes et maghrébines
Sources
- fr.wikipedia.org/wiki/Accordéon
- en.wikipedia.org/wiki/Accordion
- fr.wikipedia.org/wiki/Accordéon_diatonique
- fr.wikipedia.org/wiki/Accordéon_chromatique
- en.wikipedia.org/wiki/Stradella_bass_system
- en.wikipedia.org/wiki/Accordion_reed_ranks_and_switches
- fr.wikipedia.org/wiki/Bal_musette
- hohner.de/en/service/accordion/faqs
- fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Azzola
- fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Galliano