

Anniversaires, anniversaires, vous avez dit bon anniversaire…
Naissance, mort : à partir de cinquante ans de distance, multiplié par deux, par trois, quatre, cinq (et plus si affinité et ancienneté !), on célèbre, on commémore, on édite, réédite, enregistre, diffuse… Certains se transforment en pôles d’attraction drainant des foules aux œufs d’or, le plus lucratif étant le cher et divin Wolfgang Amadeus qui, n’ayant vécu que 35 ans, eut l’honneur d’être fêté deux fois en un peu plus d’un quart de siècle et rapporta gros. L’année 2006 fut pour les marchands de toutes sortes – livres, disques, et chocolats – une année bénie par les dieux de la musique. Mozart, il est vrai, reste un cas d’exception. Sans rival en termes de chiffres. Bach (1685-1750) et Beethoven (1770-1827) pourraient s’avérer fructueux mais leurs années de jubilé sont encore bien lointaines. Qu’en sera-t-il de 2008 ? Pour la France, et pas seulement pour elle, l’année se conjuguera sous le verbe de Messiaen. Les festivités internationales n’ont d’ailleurs pas attendu le jour J – 10 décembre 2008 – pour entonner ses chants de gloire. Avant Paris, qui inaugure ses céébrations le 7 janvier aux Bouffes du Nord, Zurich, Berlin, Portsmouth, Essen, Leipzig lui ont tiré leur coup de chapeau dès décembre. Le Canada, la Hollande, l’Espagne, la Belgique suivent au coude à coude en janvier… Il y en aura pour toutes les oreilles, nous en reparlerons largement ici même… Toutes ces pieuses réjouissances feront-elles vendre par bacs entiers des Turangalîla Symphonies, des Quatuors pour la fin du temps, ou des Vingt regards sur l’enfant Jésus multipliés par quelques milliers de paires d’yeux ?
Va-t-il, notre Messiaen qui est aux cieux, éclipser tous les autres jubilaires de cette cuvée 2008 ? Karajan, né la même année, trouvera sans aucun doute une armée d’adorateurs pour souffler sa centaine de bougies. Maria Malibran qui aurait 200 printemps en ce printemps, a bien de la chance puisque Cécilia Bartoli en a déjà ressuscité la légende il y a 4 mois avec un disque et une expo itinérante. Que fera l’Italie pour son bien aimé Puccini de 150 ans d’âge ? Ou la Belgique pour son Eugène Isaÿe du même cru ? Le violon du Liégeois pourra-t-il tendre un archet conciliateur entre Wallonie et Flandres ?
Et puis tous ceux dont on saluera l’anniversaire de départ. Qui se souciera du bon Clément Janequin parti, il y a 450 ans, enseigner ses chants polyphoniques aux anges ? A l’exception de quelques jeunes s’exerçant sur ses Sonates ou Sonatines, se souviendra-t-on dans les familles qu’Antonio Diabelli disparu il y a un siècle et demi, fut un compositeur à part entière et pas seulement l’inspirateur des si fameuses Variations beethovéniennes ? Ou encore que dans l’Angleterre élisabéthaine John Blow, mort en 1708 fut le professeur de Purcell ? Plus près de nous, comment les mêmes Anglais salueront-ils la mémoire RalphVaughan Williams ? En France saluera-t-on la mémoire de Florent Schmitt, auteur de mémorables et respectables musiques orchestrales et d’une magnifique Tragédie de Salomé, dont, de non moins mémorables mais pas vraiment respectables activités pro-nazies, ternirent le renom ? Enfin last but not least on pourra le jeudi 11 décembre fêter en direct, si Euterpe et ses muses ne le rappellent pas d’ici là dans leur Olympe, le centenaire du new-yorkais Elliott Carter, seul porte étendard vivant des musiques américaines de son temps.