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> Emile GOUE (1904-1946)

Le Festival International Albert Roussel a publié récemment un premier enregistrement mondial, des mélodies du compositeur français Emile Goué, injustement méconnu du grand public. Superbement interprétées par Damien Top (ténor), Christel Plancq (soprano), Jean-Jacques Cubaynes (basse) accompagnés au piano par Eric Hénon.
Elève de Charles Koechlin et d’Albert Roussel, Emile Goué aurait pu faire carrière dans la musique s’il n’avait jusqu’à sa retraite menée une carrière scientifique et universitaire. Musicien de tradition néo-classique, Emile Goué resta fidèle toute sa vie à l’héritage franckiste et à celui des maîtres depuis la Renaissance, avec une prédilection pour Jean-Sébastien Bach. Ne succombant pas au romantisme wagnérien, il s’inscrit cependant dans la lignée de Vincent d’Indy et de la Scola Cantorum. Comme celui-ci, il favorisa la construction bien équilibrée, mélangeant avec habilité les timbres instrumentaux de l’orchestre en utilisant les ressources illimitées que permettent la multiplicité des ressources contrapunctiques et la tonalité qu’il élargit jusqu’à la polytonalité. Nourri des maîtres anciens qu’il admirait, il composa une œuvre importante et personnelle, dont l’originalité fut perceptible dès 1931 dans sa suite d’orchestre Pénombres, son Poème Symphonique (1933), sa Première Symphonie (1934), ou dans son opéra Wanda, dont l’action se situa à Croix-de-Vie, en Bretagne. Pénétré par la musique qui
était pour lui «une métaphysique qui ne se sépar[ait] pas de sa vie.» Il se lança à partir de 1936 dans une intense production qui fut très bien accueillie dans les cercles artistiques. Citons en 1937, son Trio et l’année suivante son Psaume XIII. Prisonnier des Allemands en 1940 il passa cinq ans de captivité dans un oflag où il fit tout pour insuffler la musique à ses compagnons d’infortune, leur faisant découvrir des programmes allant des polyphonistes franco-flamands du Moyen-Age jusqu’à son contemporain Arthur Honneger. Durant cette sinistre période de sa vie et de l’histoire, il continua néanmoins à écrire quelques chefs-d’œuvre comme Psaume CXXIII (1940), un oratorio mimé Renaissance (1941), Préhistoire (1943), Thème et Variations pour piano (1945), etc. Rapatrié très affaibli en mai 1945, Emile Goué mourut le 10 octobre de l’année suivante dans un sanatorium, ayant eu le temps d’achever l’orchestration de son Esquisse pour une inscription sur une stèle, composée en captivité.
Le disque récemment paru réunit 23 mélodies d’une saisissante beauté. « Avec une grande acquitté, Emile Goué choisissait toujours des textes au contenu philosophique exprimant l’inquiétude de l’être devant l’énigme de la Création et de sa destinée » a écrit Philippe Gordien dans le texte de présentation. D’où l’angoisse latente qui hante sa production. Attiré par la féerie du monde germanique, sa perception de la nature comme un univers étrange se transmue invariablement en crainte hallucinée. L’humain s’y heurte aux forces de l’ombre. » Il ne faut pas chercher dans son œuvre « d’éléments picturaux ou purement descriptifs, mais plutôt l’expression d’une vie intérieure intense tant par le commentaire éloquent du texte ce que par les effets formels qui y sont prodiguées.»
Emile Goué, Mélodies, premier enregistrement mondial, par les artistes cités plus haut, Collection du Festival International Albert Roussel. Ce disque, le premier d’une collection prévoyant des enregistrements de Roussel, Guillon-Verne, Rohozinski, d’Indy, Castéra, est diffusé dans le monde entier par Récitalmmédia (www.recitalmedia.com).
Renseignements: Centre International Albert-Roussel, damientop@excite.com
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Déodat de Séverac: Inédits, Œuvres pour orchestre/Orchestral Works par l’Orchestre de la Suisse romande, sous la direction de Roberto Benzi, avec Jaël Azzaretti, (soprano), Cascavelle, col. Espace 2, les productions ASA, RSR, 6197.

Les œuvres réunis dans ce disque compact sont vierges de tout enregistrement discographique, Séverac n’étant guère connu au disque que par ses œuvres pour piano plusieurs fois enregistrées. Elles ont été choisies par Roberto Benzi parmi un grand nombre de pièces qui attendront encore d’être découvertes.
Légère ou très savantes, elles permettent de connaître mieux ce compositeur trop négligé par ses compatriotes mais qui triomphe actuellement au Japon dans les concerts. Il fut pourtant considéré par ses collègues et par la critique de son temps comme un des 3 musiciens de l’Ecole moderne, dite impressionniste, avec Debussy et Ravel. « C’était le trio » me disait Henri Sauguet.
Exilé volontaire de Paris pour venir habiter au sein de son Midi inspirateur il s’est privé d’une carrière qui s’annonçait prometteuse. Certes sa muse ne l’avait pas abandonnée mais n’étant plus privé de la nostalgie du paradis perdu, il ne travaillait plus avec la même ferveur. Grisé par le soleil et par les joies de l’amitié, il négligea de jeter sur le papier de nombreuses œuvres composées qui furent irrémédiablement perdues quand elles ne sont pas restées à l’état de manuscrits. Où sont passées les partitions de La Fille de la Terre? d’Hélène de Sparte? des Antibel? etc. Le bonheur veut parfois que l’on retrouve l’un d’eux. Il en est ainsi du Mirage et des Nymphes au crépuscule choisis par Roberto Benzi. La musique de son opéra Le Roi Pinard qu’on entendra ici dans une suite orchestrale d’Yvon Borrel a été réalisée d’après un de ces manuscrits incomplets.
Ici Roberto Benzi a également agi en musicologue, corrigeant de nombreuses fautes de partition, terminant celle des Nymphes au crépuscule inachevée, révisant certaines orchestrations quand elle n’était pas de la main du compositeur, en se référant autant que possible au manuscrit original.

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Florence Badol- Bertrand.
Mozart ou la vie.
Séguier Archimbaud, Paris 2006.

Vous croyiez bien connaître Mozart. Et sans doute, en connaissiez-vous effectivement quelque chose. Surtout après le bicentenaire, avec, pour ne donner que trois exemples, le Dictionnaire de Robbins Landon, le travail des époux Massin ou le docte album de Tubeuf.
Bien sûr, rien n’est possible sans connaissance factuelle assurée, et il faut savoir gré à ceux qui alignent les faits, pourvu que l’étendue des connaissances et l’esprit critique dégagent l’horizon. Car avec les faits seuls, avec les simples relations qu’ils tissent entre les personnes, il y en a qui, après avoir châtré les êtres, ne peuvent que châtrer les œuvres.
Alors, connaître ? Ne pas connaître ? La question ne se pose plus guère, lorsque, grâce à l’ouvrage de Florence Badol-Bertrand, on se trouve introduit dans l’intimité même de Mozart, homme sensible et fervent artiste. Une intimité concrète et quotidienne !
Par une idée aussi riche qu’originale, c’est à un contemporain de Mozart, le hautboïste du Concert Spirituel, Provençal de Paris, Joseph Garnier, que l’auteur de Mozart ou la vie confie le soin de nous placer auprès de lui. Et le « Je », bien réel, bien vivant, de Joseph Garnier, compagnon amical de l’itinéraire européen du compositeur, devient bientôt le « Je » du lecteur, amené ainsi à partager les circonstances de sa vie et la genèse de ses compositions.
Quel regret, disons-le tout de suite, que, s’agissant d’un texte supposé écrit par un homme du XVIIIème siècle, l’auteur n’ait pas eu le moindre souci de s’approcher tant soit peu de la langue du temps, l’un de ses moments de plus bel épanouissement, au point même que certains néologismes en paraissent indécents !
Commencé à Paris, en juillet 1778, où le Mozart de 22 ans enterre, à Saint-Eustache, sa mère tant aimée, notre voyage se clôt au même endroit, à la Noël de 1791, où, de retour dans la France glaciale et fébrile de la Révolution, Joseph Garnier décachette un courrier de Vienne, contenant la lettre lui apprenant la mort de son ami et un cahier manuscrit du Requiem.
Entre ces deux dates, qui couvrent les treize années les plus actives de la vie de Mozart, ce sont les étapes croisées de Munich, Vienne, Prague, Dresde, Leipzig, etc. et naturellement Salzbourg, avec les événements et les créations que l’on connaît.
Que la relation entre Garnier et Mozart vienne de l’imagination de Florence est sans importance : son érudition historique, qui fait surgir au bon moment tel personnage contemporain, sa compétence musicologique, qui propose le commentaire adapté de l’opus dont elle parle, donnent à tout son récit l’accent du vrai, souligné encore, d’une façon convaincante, par l’introduction fréquente de passages authentiques de la correspondance familière du compositeur.
Réel sans artifices, le Mozart de Garnier rend lui-même son chroniqueur si vivant, que la méditation finale sur le Requiem, « la terreur de la mort mise en sons », lui fait dire Florence, en arrive à faire de l’expression musicale la plus adaptée de celle des quêtes métaphysiques de l’homme.

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Jean-Joël Barbier: Au piano avec Erik Satie
Séguier Archimbaud, Biarritz Paris, 2006.

Enfin réédité, ce livre paru pour la première fois en 1986 chez Garamond-Archimbaud, était depuis longtemps épuisé, au grand regret des pédagogues et des mélomanes. Il comble donc un vide. Son auteur, pianiste réputé, connaît bien l’œuvre du « Maître d’Argenteuil » duquel il a gravé l’œuvre intégrale pour piano seul, un enregistrement qui a été couronné par l’Académie du disque français. De même a-t-il enregistré les pièces à quatre mains avec Jean Wiener, aujourd’hui partiellement rééditées en disque compact. C’est dire, si Barbier connaît bien la musique de Satie.
Dans Au piano avec Erik Satie, Jean-Joël Barbier nous livre « les rêveries d’un pianiste solitaire » comme il définissait lui-même son ouvrage, mais ces rêveries sont des faits historiques bien réels. Il nous y faire revivre le compositeur des Trois morceaux en forme de poire et Embryons desséchés, à travers toute une série de courtes pensées qui évoquent l’esthétique du compositeur. Il poursuit en reprenant la chronologie des pièces de Satie éditées par lui-même et des pièces œuvres non publiés, non d’une manière roborative et technique, mais en replaçant chacune d’elles dans son contexte d’inspiration et de création. On apprend ainsi l’origine des titres parfois surprenants ou incompris, comme Gymnopédies, Gnossiennes, Croquis et agaceries d’un gros bonhomme en bois, Chapitres tournés en tous sens, Sonatine bureaucratique, etc. Ecrit d’une manière simple et claire comme la musique de Satie, l’étude de Barbier est d’une lecture facile, toujours enrichissante. Elle fait d’abord passer de bons moments, puis devient un ouvrage de référence à imiter par les musicologues.

Jean-Bernard Cahours d’Aspry
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> Berlioz de B à Z
De Pierre-René SERNA. Editions Van de Velde, 164 x 235, 264 p.- 20 €

Il manquait un guide clair et pratique pour orienter le mélomane, l’amateur dans leur désir de connaître par le menu l’œuvre du grand compositeur français, ou de puiser rapidement des informations clefs sur sa vie et sur son œuvre. Composé d’une soixantaine d’entrées, le bécédaire de Pierre-René Serna, qui considère, à juste titre que Berlioz est l’un des plus grands génies de l’histoire de la musique et qu’il n’a pas sa juste place parmi les plus grands, surtout en France où on a le complexe d’être français, - Pierre-René Serna est espagnol – est une clef indispensable pour goûter les séductions et les plaisirs de l’œuvre de ce compositeur, pour mieux comprendre l’homme, son univers, son inspiration et son influence. Il fait un sort aux idées reçues et révèle des éléments méconnus, voire inattendus, pour certains inédits, dans la littérature jusqu’à ce jour consacrée au musicien. Pour Pierre-René Serna, Hector Berlioz a bouleversé la musique d’une manière générale. « Il y a un avant et un après Berlioz, déclarait-il à Nicole Duault (v. Pierre René Serna et pa passion de Berlioz, musicalpress.org). Toute la musique qui lui succèdera, quels que soient les pays et les compositeurs, lui est redevable. Mais il n’est peut-être pas non plus l’essentiel. Il est dans ce qui rend cette musique unique et inimitable. A Nicole Duault qui lui demande si Berlioz est romantique, ce que refusait l’intéressé, il répond qu’il est plutot classique : « Ce qui fait la grandeur d’une œuvre d’art c’est qu’elle dépasse le temps. Celle où elle est née, comme celui qui la précède et lui succède. Je ressens bien des aspects de la musique de Berlioz comme échappé au temps, irréductibles à des schémas historiques ou à des applications sociologiques. Ce qui fait qu’elle nous captive toujours et qu’elle ne cessera de captiver tant qu’il y aura une once de civilisation. Cette dernière hypothèse n’étant pas garantie, vu la vulgarité chaque jour plus envahissante.

Jean-Bernard Cahours d’Aspry
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> Pierre Boulez
Le maître et son marteau, par Philippe Olivier. Editeur Hermann. Collection Points d’orgue. 310 pages

Cinglant comme Satie, dogmatique comme Schönberg”: c’est ainsi que notre ami Philippe Olivier présente le gêneur, l’empêcheur de jouer en rond qu’ est Pierre Boulez. Du plus célébre musicien français au monde, “notre Jupiter qui appartient à l’histoire”, Philippe Olivier peint un portrait haut en couleurs dans ce livre, sans doute l’un des plus vivants écrits sur le musicien. Rien à voir avec une hagiographie même si l’on sent l’admiration et la sympathie que l’auteur porte à son modèle.
De l’ ascension fulgurante de Boulez à l’insolence avec laquelle il juge la France Officielle avant d’en devenir un des membres les plus omniprésents, Philippe Olivier voit en lui “un prédateur qui n’a pas renoncé à son objectif”.
On suit le compositeur et chef en survolant la carrière de ce Français germanophile qui voue une vénération à Berg, Schönberg et Webern.Le plus important pour l’auteur, c’est que l’enfant terrible de Montbrison, né en 1925, a joué un rôle primordial dans les relations franco allemandes

Nicole Duault.
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> Frédéric Mistral et Déodat de Séverac
Le Félibrige et la Musique (Gounod-Bizet-d’Indy-Canteloube, etc. du chant populaire à la musique savante)
Par Jean-Bernard Cahours d’Aspry, préface de Jean Fourié, majoral du Félibrige. 136 pages. 23 euros. Chez l’auteur: 15 rue Saint-Gilles 75003 Paris.

Mirèio/Mireille, le long poème bilingue de Frédéric Mistral valut à son auteur d’être couronné par le Prix Nobel de littérature mais il est devenu célèbre grâce à l’opéra de Charles Gounod. Mistral a également intéressé d’autres compositeurs dont Verdi qui voulut composer sa propre Mirèio, mais il n’en eut pas le temps, Bizet, Séverac, Emmanuel, Massé, Maréchal, Canteloube, Widor. Dans son essai, Cahours d’Aspry retrace bien entendu l’histoire de ces œuvres, tout en consacrant la seconde partie de son travail à une étude sur les musiciens qui ont été intéressés par le Félibrige et les idées régionalistes. Si la grosse part de cette seconde partie s’intéresse à Déodat de Séverac, le « Mistral de la Musique », selon Cortot (entre autres) elle dresse également un bilan des musiciens qui ont cherché leur inspiration dans la nature et chants populaires.

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> Maurice Duruflé, souvenirs et autres récits
Par Frédéric Blanc, Séguier, Biarritz 2005, 307 pages. 30 euros

On connaît surtout Maurice Duruflé pour son célèbre Requiem composé en 1947. Cette pièce majeure fait oublier le reste de son œuvre resté volontairement néo-classique et dans la tradition grégorienne médiévale, mais modernisé de l’influence des maîtres français du début du siècle, Gabriel Fauré, Claude Debussy, Maurice Ravel et Paul Dukas. Celui-ci avait été son maître au Conservatoire de Paris où il étudia également avec Charles Tournemire et Louis Vierne qui l’aidèrent à devenir l’un des plus grands organistes français du XXe siècle.
L’auteur de l’ouvrage cité en référence est son disciple Blanc, titulaire du grand orgue Cavaillé-Coll de l’église Notre-Dame d’Auteuil à Paris tout en poursuivant une carrière de concertistes dans de nombreux pays. Il a réuni, présenté et annoté de nombreux textes où Duruflé écrivait ce qui lui tenait à cœur dans le naufrage de la musique liturgique contemporaine. Cet ouvrage doit permettre de mieux comprendre ce drame artistique.


Cahours d’Aspry.

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