Moitié ingénieur et moitié artiste
> Rencontre avec l'acousticien Albert Xu

Les problèmes acoustiques occupaient déjà les architectes de l'antiquité, mais l'acoustique est une science relativement jeune, "et ce n'est même pas une science exacte", dit Albert Xu, un des très grands noms dans ce domaine. "Un acousticien doit être moitié ingénieur et moitié artiste, il doit connaître les instruments et leurs sonorité, la physique, les matériaux de construction et l'architecture". Et surtout: "Il faut avoir de l'expérience!" Voilà pourquoi la plupart des grands acousticiens sont de hommes d'un certain âge. Albert Xu a 72 ans, son grand rival Russel Johnson d'Artec en a 82.

L'acousticien chinois, dont les bureaux se trouvent à Paris, est un partisan des salles rectangulaires, en forme de 'shoe box'. Et pour cause, car les salles reconnues pour avoir avec les meilleures acoustiques ont précisément cette forme, le 'Musikverein' de Vienne et le 'Concertgebouw' d'Amsterdam, même si ce dernier est un peu trop large, commente Albert Xu, ce qui dévalue son acoustique par rapport à celle de Vienne. "Si une salle est longue et haute, l'importance des réflexions latérales est grande. L'auditeur a l'impression d'une plus grande ampleur du son. Dans les salles larges comme on en a construit beaucoup dans le souci de rapprocher le public de la scène, le son se dissipe et le centre est acoustiquement vide. Là où se trouvent les places les plus chères, avec la meilleure visibilité, le son est le plus mauvais. Tout le son est frontal, on n'a pas l'impression de la spatialité, le son est sec et sans ampleur." En tout état de cause, l'acousticien doit savoir s'adapter: "Il faut avoir plusieurs solutions en poche!" Mais il y a des impératifs et ce n'est pas avec une architecture minimaliste que l'acousticien deviendra heureux: "La réflexion ne doit jamais se faire à partir de parois lisses". Même si ses parois sont revêtues de bois, toujours le meilleur élément s'il a bien été séché avant de le mettre en place, ce bois doit être structuré.

Après avoir calculé le temps de réverbération souhaité, l'acousticien place différents matériaux absorbants à des endroits des parois et du plafond. Le public constitue lui aussi un facteur d'absorption et les fréquences ne sont pas toutes réfléchies de la même façon par une matière. Aujourd'hui par exemple, on construit les sièges d'une salle de sorte à ce que l'absorption soit plus ou moins la même que le siège soit occupé ou non. "Une salle pleine de chauves ou avec un public en maillot de bain aurait une autre absorption qu'un public normalement vêtu", dit Albert Xu en souriant.

Ce public peut évidemment causer également des soucis lorsqu'il est trop bruyant, Malheureusement, à la question si un acousticien ne peut rien faire contre les toussotements, Albert Xu répond par la négative: On ne peut pas atténuer les bruits de la salle sans nuire à la musique!"


Rémy Franck
La Taverne, vendredi 15 septembre

La biographie d'Albert Xu

Albert Yaying Xu est né en 1934 à Tienjin en Chine. En 1959, il a obtenu son diplôme en 'Acoustique et Architecture' à l'Université de Tsinghua, Institut Polytechnique à Pékin. De 1959?1979, il fut professeur assistant à cette même Université tout en travaillant comme concepteur et conseiller pour des projets et des réalisations de salles de concert, de salles polyvalentes, de conservatoires de musique, de studios d'enregistrement etc. En 1980, Pierre Boulez fit appel à lui pour devenir chercheur à l'lnstitut de Recherche et de Coordination Acoustique Musique (IRCAM) à Paris, où Xu resta jusqu'en 1982.

De 1982 à 84, il travaillait comme ingénieur acousticien chez Bruel & Kjaer, la célèbre société danoise d'instruments acoustiques implantée à Copenhague.

Après un passage comme ingénieur principal chez Commins BBM, bureau d'études en acoustique, à Paris, Albert Xu a ouvert son propre bureau en octobre 1987. Depuis il a travaillé à la création de l'acoustique de nombreux projets.

Le riche catalogue des prestigieuses réalisations d'Albert Xu comprend La Cité de la Musique à Paris, l'Arsenal de Metz, la Philharmonie de Luxembourg, le Théâtre National Catalan à Barcelone, le Corum de Montpellier, le Palais des Congrès de Madrid, l'American Center de Paris, la Grange au Lac d'Evian… Actuellement, il travaille sur plusieurs grands projets, dont les nouvelles salles de Valladolid en Espagne, Rio de Janeiro au Brésil l'Oriental Arts Center Shanghai les opéras de Ningbo (Chine) et d'Athènes (Onassis House ).

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