

La
PMI invitée à découvrir, rue des Saints-Pères
les nouveaux locaux consacrés au compositeur russe
> Emmanuel
Utwiller, Chostakovitch chez
lui
Lendemain
de Chandeleur, les vaillants de notre P.M.I, à l’invitation d’Emmanuel
Utwiller, se sont retrouvés, à Paris, rue des Saints Pères,
non point chez Bernard Tapie, ni chez Arthème Fayard mais bien chez
Dimitri Chostakovitch.
Oui, c’est là que s’est récemment installée
l’Association Internationale Dimitri Chostakovitch ainsi que
les éditions DSH (il s’agit de la transposition occidentale des
initiales du compositeur, lesquelles, dans la notation anglo-saxonne, induisent
un motif musical qui signale l’apparition -souvent justicière-
de Chostakovitch lui-même dans un grand nombre de ses oeuvres d’après
1947).
De vastes locaux ouvrent sur une de ces cours aristocratiques qui
distinguaient le Faubourg Saint Germain, tant convoité par Proust.
Lierre grimpant sur les murs, ancienne loge de concierge évoquant un
royaume en miniature, grille monumentale... un ravalement récent n’a
pas altéré la poésie de cette alvéole de silence,
à deux pas d’une des grandes voies nord-sud concèdées
aux vociférations automobiles.
C’est Irina Chostakovitch, veuve du compositeur, qui a décidé
d’investir ces locaux vastes, lumineux et très bien équipés,
à l’intention d’une entreprise sans équivalent,
née en Occident de la passion d’un mélomane inspiré,
voilà une trentaine d’années, par l’oeuvre et le
destin du plus grand des compositeurs soviétiques... Voyages
en Russie, dès la Perestroïka, et contacts tous azimuths...
Emmanuel Utwiller se fit connaître à Paris par des concerts improbables,
présentant chez nous des interprêtes aussi excellents qu’inconnus.
Confidentielles, au départ, ces réunions en complicité
avec Irina Chostakovitch, drainèrent tout de suite les curieux insatiables
que l’on sait rencontrer quand, à Paris, on découvre un
programme sortant de l’ornière...
Bien vite il y fallut le grand Amphithéâtre de la Sorbonne: le
bouche à oreille a ses vertus et la presse a suivi. Il y eut ainsi
un bon millier de privilégiés le jour où l’Association
eut le culot de proposer un programme avec quelques uns des divertissements
du tragique Chostakovitch, presque tous inconnus, du Souriceau stupide,
dessin animé de 1939 (pas sorti sur nos écrans !) au vengeur
Ryok (1948), en passant par la devenue fameuse Petite suite pour
ochestre de Jazz (entendez: de brasserie), qui tourne autour de la valse
miraculeuse que l’on entend partout, maintenant, du métro à
Stanley Kubrick. Une soirée de bonheur dont j’avoue être
sorti bouleversé de reconnaissance...
Aujourd’hui, 3 février 2007, on est plutôt sérieux.
Beaucoup sont venus pour en apprendre davantage sur celui qui fut, notamment
en France, l’un des compositeurs les plus dénigrés du
XXè siècle (ne se retrouve-t-il pas entre Puccini, Britten et
Sibélius ? Ah la France ! ).
Alors, bien sûr, en toute simplicité, Utwiller est ici incollable.
Et tant de savoir induit des foules de projets. Des concerts, bien sûr,
mais aussi, désormais, de vastes ambitions éditoriales: diffuser
ici les fac simile d’oeuvres entières (13è Symphonie),
des albums de photos, recueils de lettres, transcriptions de musiques plus
ou moins proscrites sous Staline, de Mahler à Britten en passant par
Strawinsky, en attendant d’explorer tout un continent qui promet: les
versions non caviardées des musiques de films! Notre hôte ne
nous avait-t-il pas planté devant Odna (seule), film anti-kolkozien
de Kozintzev (1931), après avoir réussi à ressortir,
du même, la Nouvelle Babylone, torrent de génie digne
du vénéré Eisenstein. Tout cela en collaboration avec
Moscou, bien entendu, mais qui a, d’ores et déjà, obtenu
des échanges artistiques aussi fructueux?
Plusieurs Correspondances sont aujourd’hui traduites (et aussi
les Souvenirs de Fiodor Droujinine, alto du Quatuor Beethoven
et inspirateur de la dernière oeuvre de Chostakovitch: la Sonate
pour alto Op. 147) ou en cours de traduction (Correspondance Chostakovitch-Ivan
Sollerstinsky). On nous a projeté, dans la foulée, un montage
éclairant de films nous montrant Chostakovitch au piano...
Après un déjeuner géorgien particulièrement goûteux,
l’après midi passera tout seul et, à cinq heures, la discussion
se poursuivait, entre une discothèque Chostakovitch probablement complète
et une bibliothèque rendant compte, dans toutes les langues, de la
présence d’un des créateurs les plus bousculés
de toute l’histoire de la musique...
Ne soyons pas égoïstes: l’Association Internationale
Dimitri Chostakovitch est ouverte (19 bis Rue des Saints Pères
75006 Paris) aux passionnés, aux étudiants et aux chercheurs,
uniquement sur rendez-vous au 01 47 03 90 43 ou encore :
association@chostakovitch.or
Par Marcel Marnat