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Alain Lanceron, directeur d'EMI Classics France
par Olivier Olgan
Directeur d’EMI Classics France – poste auquel il a succédé à Peter de Jongh en 1978 – et de Virgin Classics, Alain Lanceron est un acteur privilégié de la
production discographique. Sans langue de bois, ses analyses bousculent les stéréotypes pour un credo : préférer la qualité à la
quantité.
Quand on lui parle de crise du disque, Alain Lanceron rappelle qu’elle est chronique depuis fin 1968, date de son entrée dans le groupe Pathé Marconi. Déjà, à l’époque, les éditeurs se plaignaient de la baisse des ventes du format 33T, malgré les tentatives de souscription autour d’intégrales ! La galette noire était longue et chère à produire.
L’apparition du CD en 1982 relance les ventes discographiques tous répertoires confondus, et le classique en particulier. De plus, l’innovation technologique s’appuie sur la consolidation de réseaux puissants de chaînes de distribution culturelles spécialisées (FNAC, puis VIRGIN Mégastore), la baisse de la TVA (19,6%) et l’introduction de la publicité télévisée. Cette conjoncture fut extrêmement rentable pour les éditeurs ; le support coûte moins cher à produire et les consommateurs renouvellent leur discothèque. Tous en ont profité aussi pour rentabiliser leurs fonds de catalogue en multipliant les collections économiques. Rappelons nous la collection Bonsaï d’Erato… Avec pour conséquence, de brouiller la notion de valeur d’un disque pour le consommateur.
25 ans plus tard, malgré la publicité télévisée généralisée pour le disque, le marché Classique a pourtant perdu près de la moitié de sa valeur ! Deux chiffres : 92M€ en 1991 contre 60M€ en juillet 2007, après ‘avoir touché le fond’ en 2004 avec 46M€ de CA… Alain Lanceron relativise pourtant cette baisse en se situant sur une échelle historique plus large : en 1980, le marché classique en valeur représentait 20M€ (soit 4% contre 8.8% en 2006) !
En d’autres termes, la clé de compréhension réside dans la surchauffe permanente de ce marché ‘modeste en volumes comme en valeurs’, sous l’influence des ‘cross over’ (type Pavarotti & Friends) ou des bandes originales de film (BOF). Il suffit d’un seul succès pour cacher la forêt de faibles tirages ou de demi-succès. Pour illustrer le propos, deux exemples : Les Triomphes de Karajan avec ses 400 000 exemplaires, ou La voix du siècle, Maria Callas en 1982. Sans parler du plus gros succès de l’année 1998, la BOF du Titanic, chantée par Cécile Dion… Le DVD musical n’a pas été le relais de croissance escomptée : trop de productions peu significatives sans véritable valeur ajoutée éditoriale !
L’embellie est venue avec l’anniversaire du bicentenaire Mozart avec, en autres, ce dont tous les éditeurs ont profité, le formidable « coup éditorial » de l’éditeur hollandais Brilliant et son coffret Mozart : 160 CD à moins de 100€. A lui tout seul, ce coffret vendu à plus de 120 000 exemplaires pèse presque 1.1% du marché (7,7% en août 2007 contre 8,8 en 2006). Cette initiative, reconnaît Alain Lanceron, a bousculé le marché et les procédures de distribution des éditeurs historiques, obligés de revoir leurs coûts de fabrication… Si la crise du disque classique n’est pas alimenté par le fléau du téléchargement, ses causes sont davantage inscrites dans les politiques éditoriales très ‘court termistes’ des producteurs, les exigences draconiennes de rotation et de visibilité des produits dans les surfaces spécialisées, qui de plus perdent du terrain en termes de parts de marché, et la TVA qui n’a pas bougé sur le disque…
En conclusion, comment définir un succès discographique classique, en dehors du cross over (Rieu) ou des compilations (Moines de Silos) ? Alain Lanceron, aussi président du Centre national d'insertion professionnelle des artistes lyriques (Cnipal) et de la commission classique des Victoires de la musique, plaide d’abord pour une politique de continuité avec les artistes et une approche patrimoniale de l’édition avec des collections historiques ‘Les introuvables’ par exemple. Pour définir un succès, il nous livre quelques chiffres clés sur le marché français : Vocalises de Nathalie Dessay 175 000 CD, 55 000 DVD, Opéra prohibita de Cécilia Bartoli : 120 000 CD… Heroes de Philippe Jaroussky : 80 000 CD, Symanowski : Piano Sonata No 3, Métopes, Masques par Piotr Anderszewski entre 15/18 000 CD…
( La Taverne, le 8 octobre 2007.
)
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