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Genève, DES POÈTES ET DES ROIS

par Marcel Marnat

C’est tout à fait détendu (malgré le brouhaha qui règne en la serre des « Bastions », à Genève) que Tobias Richter revient vers nous (nous : membres de la PMI, ses invités reconnaissants). Détendu, cette fois, puisque lors de notre première rencontre il avait à tracer des lignes et sans doute à affronter des incertitudes. Après une saison entière dont il est l’entier responsable, le nouveau directeur du Grand Théâtre de Genève peut parler sans masques et à son aise : le bilan a été très positif. Il nous conviait à un spectacle auquel il tient tout particulièrement, l'Amour des trois Oranges, non seulement parce qu’il clôt cette saison par une œuvre jadis iconoclaste mais surtout parce que Tobias Richter paye ici tribut à Benno Besson donc à la tradition brechtienne à laquelle il reste viscéralement attaché. Ce n’est pas ici le lieu de parler du spectacle lui-même, bien reçu, encore que des esprits pointilleux puissent lui reprocher cette austérité, voire ce puritanisme dont la gauche militante aura toujours du mal à se débarrasser. L’important est que toute la troupe, ainsi que l’on disait au cirque, ait communié dans cet hommage à un grand homme de théâtre disparu en 2006.

Avec de telles fidélités, Genève (ainsi que le souhaite Tobias Richter) se situe bien au carrefour de toutes les tendances du théâtre européen (y compris l’Angleterre), passant de cette orthodoxie brechtienne aux exubérances de Mira Bartov, nouvelle venue naguère triomphatrice d’Alice au pays des merveilles (saison 2009-10) et qui, fin février, reviendra opérer sur l’Enlèvement au Sérail. Une habile politique de reprises ou de co-productions (Martinu : Juliette ou la Clef des songes, production de la Bastille, un André Chénier de la Deutsche Oper de Berlin, voire un Chevalier à la Rose, production de la Bayerische Staatsoper - autre fidélité) ne fait pas qu’illustrer ce carrefour de tendances mais permet d’ aborder plus à l’aise quelques productions maison : un Comte Ory de Rossini, toujours bien venu, voire un Macbeth destiné à Jennifer Larmore. Ainsi peut être envisagée, sans trop de soucis, LA création genevoise de l’année : Richard III de Giorgio Battistelli, mis en scène (en association avec l’Opéra des Flandres) par rien moins que Robert Carsen.

Quel que soit l’équilibre subtil de cette saga de poètes et de rois, on imaginera que l’éclectisme n’ est pas le seul atout de la saison annoncée mais surtout un perceptible souci de synthèse nourrissant cette saison proposant huit opéras et trois spectacles chorégraphiques. Ainsi ce metteur en scène sollicité par tant de scènes, en Europe, s’adresse-t-il à des metteurs en scènes de l’Europe entière pour agencer des cycles complets, aussi bien mozartiens que wagnériens, par exemple (une Tétralogie complète se prépare pour les saisons 2012-2014).

Le passé genevois de Tobias Richter semble avoir été un atout pour ce qui était d’harmoniser les structures municipales, cantonales, voire étatiques, qui interviennent dans la gestion des théâtres, en Suisse.

Reste que, grandi sur divers plateaux, notre aimable hôte ne semble préoccupé que de problèmes de théâtre, évoquant notamment le mal qu’il y a à établir de bonnes distributions sur certains répertoires. Ne fut-ce pas l’ étonnement de cet après-midi si riche d’enseignements que d’apprendre qu’un opéra français fin XIXe est actuellement beaucoup plus difficile à distribuer qu’un opéra russe voire tchèque !? On savait les Français impossibles mais tout de même pas à ce point-là !



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