Concours Reine Elisabeth de Belgique
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Priorité à la musique contemporaine

Le 56ème Concours International Reine Elisabeth de Belgique se déroule du 6 mai au 6 juin 2007. Cette nouvelle édition est, pour la quinzième fois, consacrée au piano et réunit près d’une centaine de candidats d’une trentaine de nationalités différentes. Erna Metdepenninghen, journaliste belge et vice-présidente de la PMI, a invité à Paris, à l’un de nos déjeuners débats, le comte Jean-Pierre de Launoit, président du concours, et Michel-Etienne Van Neste, secrétaire général, qui ont répondu à nos questions.

-Vous êtes à la tête de ce grand concours international, très célèbre en Belgique, comme dans de nombreux autres pays. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les origines de cette compétition ?

"Notre concours a débuté en 1951 en tant que "Concours international Reine Elisabeth de Belgique". Il était à l’époque la suite du concours Ysaye, dont les sessions de 1937 et 1938 avaient vu la victoire de musiciens devenus fort célèbres par la suite. Nous avons repris le flambeau en développant le piano et le violon.

Pour vous donner une idée du niveau de notre concours dès ses tout débuts, il faut rappeler que c’est le grand violoniste Leonid Kogan qui remporta le premier prix en 1951, puis le pianiste Leon Fleisher l’année suivante.

Par la suite, nous avons eu également Vladimir Ashkenazy, premier prix 1956, et beaucoup d’autres grands noms ainsi Abdel Rahman El Bacha en 1978.

Nous sommes fiers de constater que la très grande majorité des gagnants de notre concours ont pu – et su – développer par la suite leur carrière sur le plan international. Nous les y avons évidemment beaucoup aidés car nous estimons que le rôle principal d’un concours n’est pas seulement de décerner un prix, quelques concerts et de l’argent, mais aussi – et surtout - de suivre de très près les développements de la carrière de nos lauréats.

- En quoi votre concours est-il différent des autres ?


"Le règlement strict s’inspire du Concours Ysaye. Il est défini que toute discussion entre membres du jury est interdite. Il n’y a pas de délibération mais un système de cotations. Chaque membre donne sa note selon un barème très précis. Nous faisons une moyenne des notes attribuées. C’est mathématique. Cela peut étonner à notre époque mais cela nous semble absolument indispensable. Il est tout à fait clair que nous ne mettons nullement en doute l’honnêteté ou la bonne foi des membres du jury mais nous savons bien, par expérience, que l’homme est par nature influençable et que les interminables délibérations de certains jurys, loin d’éclaircir les choses, ne font en général qu’ajouter la confusion à la confusion. Tout le monde est fatigué, tout le monde a ses opinions personnelles sur tout un chacun et…on n’en sort plus. C’est pourquoi notre système nous paraît à la fois le meilleur, le plus juste et aussi le plus " pratique".
Ainsi, nous parvenons à éviter les influences et les effets de la fatigue qui peuvent, avec d’autres systèmes, avoir parfois des conséquences injustes ou même davantage.

- Avez-vous des membres du jury "fétiches" qui reviennent régulièrement ou changez-vous à chaque fois ?

« En général, nous changeons de membres du jury, mais parfois, nous nous attachons à certains et il arrive qu’ils reviennent lors de la sessions suivante. Par exemple, lors du dernier concours de piano, nous avons fait appel – entre autres – à Paul Badura Skoda et à Cécile Ousset, que nous connaissons bien.
Nous choisissons nos membres du jury avec attention et sommes très pointilleux sur l’indépendance qui doit être la leur dans ce genre de pratiques.

-Vous faites beaucoup pour la musique contemporaine. Expliquez-nous la nature de votre politique à cet égard.

"En effet, nous considérons que la défense de la musique de notre temps est une priorité absolue. Nous avions tout d’abord pensé qu’il pouvait être judicieux de créer une session spécialement dévolue à la composition et à la musique contemporaine en général. Avec le temps, nous nous sommes aperçus qu’il était plus aisé et plus efficace d’intégrer la musique de notre temps aux sessions de piano et de violon, c’est pourquoi nous imposons systématiquement un concerto contemporain, objet d’une commande du concours et que tous les instrumentistes participant à notre manifestation doivent apprendre en quelques semaines.

Cela comporte un double avantage: d’abord, celui de faire connaître l’œuvre d’un auteur de notre époque (car les douze demi-finalistes sélectionnés doivent tous jouer cette œuvre, successivement), et aussi, bien entendu, cela nous aide à juger la capacité des instrumentistes à apprendre et assimiler une œuvre de notre temps en quelques semaines. C’est une pratique qui me semble indispensable et que l’on devrait, à mon avis, généraliser dans tous les concours du même ordre."

-Vous êtes surtout célèbres pour votre concours de piano et, à un moindre degré, pour le violon. Mais vous avez, depuis quelques années déjà, élargi le champ de vos activités…

En effet, depuis 1988, nous avons crée un Concours de chant. Durant l’été 2006, notre comité de direction a décidé d’apporter certaines modifications importantes, d’abord et avant tout dans le but de mieux faire connaître cette nouvelle session de chant. Ainsi, nous avons rapproché la fréquence des concours. Désormais, vous avez une année piano, une année violon, une année chant…puis à nouveau piano, violon, chant, etc. Chaque concours spécifique à un instrument ou à la voix humaine se déroule donc désormais tous les trois ans.

Au vu du succès rencontré et de l’importance de la demande de la part des participants (de plus en plus nombreux), nous avons dû nous adapter.

Stéphane Blet


( La Taverne, le 28 mars 2007. Propos recueillis par Stéphane Blet )
Renseignements : www.cmireb.be
Voir aussi :
Quand tout un royaume se met au piano – par Caroline Alexander sur www.webthea.com du 24 avril 2007, rubrique dossiers-reportages


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