

Invité
de la PMI
> Jean
Marie Blanchard:
peut-être un axe Genève-Paris
Invité à déjeuner par la PMI le 19 janvier, Jean-Marie
Blanchard dirige depuis 2001 le Grand Théâtre de Genève.
Ses saisons sont à la fois équilibrées et audacieuses,
avec une création par an et des productions parfois sulfureuses ou
présentées comme telles - on se souvient du Tannhäuser
mis en scène par Olivier Py où, au Venusberg, un acteur porno
exhibait sa virilité pendant quelques minutes. Jean-Marie Blanchard
a rajeuni et réveillé un public qui passait pour frileux et
se révèle curieux. Lui-même se sent si bien à Genève
qu’il ne serait pas fâché de rempiler après 2009,
pour fêter un anniversaire important : le jubilé de la réouverture
du Grand Théâtre en 1962, onze ans après l’incendie
de 1951.
Pas
de cursus pour un directeur d’opéra
« Heureusement, il n’y a pas de formation spécifique. Certains
directeurs sont des juristes, d’autres sont plutôt des politiques...
J’ai toujours été passionné d’opéra,
mais j’ai commencé par l’édition… ce qui m’a
conduit à devenir conseiller de Stéphane Lissner au Châtelet.
J’ai ensuite dirigé l’Opéra de Nancy et pris la
succession de Renée Auphan à Genève. »
Le
goût du public
« Mon premier souci a été de satisfaire le goût
du public, pas les miens, en respectant la tradition et l’histoire de
la musique, tout en donnant une place à la musique contemporaine, avec
une création par an. J’ai donné une nouvelle impulsion
au ballet. Les spectateurs étaient ceux de l’opéra, j’ai
créé un véritable public pour la danse.
Ne pas avoir d’orchestre propre à l’opéra est un
avantage: un orchestre symphonique est une garantie de qualité, on
n’en est pas responsable et on peut engager des formations ad hoc. Tant
mieux si le directeur de l’orchestre et celui de l’opéra
restent indépendants.»
Pourquoi
avoir choisi Jacques Lenot et J’étais dans la maison et j’attendais
que la pluie vienne?
Je le connaissais, nous devions faire ensemble un Zucco d’après
Koltès, mais les ayants droit s’y sont opposés. Je savais
qu’il écrirait un opéra, alors que beaucoup de propositions
ne sont pas des projets d’opéra et vont plutôt de l’installation
à l’événement. Je n’ai ni le lieu ni le public
pour ce genre de chose. Et la pièce de Jean-Luc Lagarce est l’une
des grandes pièces des vingt dernières années.
Des
projets lisibles
« Je veux que les projets soient lisibles. Je suis dans la salle pour
les répétitions, à la place du spectateur. Si je ne comprends
pas certaines choses, je demande au metteur en scène de me les expliquer,
parfois de les changer. On s’adresse toujours à un public particulier,
qui a ses propres critères. »
Le surtitre est une béquille
« Surtitrer, absolument. Le spectateur est libre de lire ou de ne pas
lire, mais le surtitre est une béquille. Les surtitres pour l’opéra
français sont une question plus délicate: si les chanteurs ne
sont pas intelligibles, le directeur ne connaît pas son métier;
s’ils font comprendre la moindre syllabe, les surtitres sont inutiles!
L’opéra de Jacques Lenot est en tout cas le premier opéra
français surtitré à Genève. »
Résister
à la censure?
« A partir d’un certain moment, la responsabilité devient
celle du politique. La décision de ne pas donner Idoménée,
à Berlin, était une décision de police. Nous avons un
employeur, qui est la puissance publique. Mais si la puissance publique prenait
une décision allant contre mes convictions les plus profondes, je donnerais
ma démission. »
L’opéra
en salle ou dans la rue ?
« L’expérience tentée par Peter Gelb est intéressante.
Mais je vois un grand danger à retransmettre partout un événement
fait pour une salle et relevant du spectacle vivant. On va voir si les cinémas,
puis les salles, se remplissent! De toute façon, toutes les places
ne sont pas chères, toutes les maisons d’opéra font aujourd’hui
un effort dans ce sens… plus que les stades. »
Un
axe Paris-Genève ?
Les plateaux sont compatibles. Si Nicolas Joël et moi avons envie de
collaborer, cela se fera certainement.
(La Taverne, le 19 janvier, propos recueillis par Didier Van Moere)