> Patrick Marie Aubert, chef du chœur de l’Opéra National de Paris

Jérémie Bigorie
Vendredi 17 juin
Paris, Les Noces de Jeannette

Didier van Moere nous présente Patrick Marie Aubert, insistant sur sa formation de chef d’orchestre (Le Roi David, donné en mars 2011 au Palais Garnier) qui, pourtant, ne contredira pas sa volonté d’embrasser une carrière de chef de chœur par « passion pour la voix ». Chef du Chœur de l’armée française jusqu’en juillet 2000 (Marcel Marnat se souvient du Requiem de Liszt publié chez Adès), puis chef de chœur du Capitole de Toulouse de 2003 à 2009, il suit Nicolas Joel à Paris et sera mis à la tête du Chœur de l’ONP, ainsi rebaptisé à sa demande. Discret sur sa solide formation musicale, Aubert met l’accent sur les rapports humains et préconise avec humour des diplômes de psychologue et de puériculteur (« il y a toujours des mouchoirs à disposition sur mon bureau »).
Dès lors, la discussion s’est poursuivie à bâtons rompus, abordant à des sujets très divers :

Les mises en scène, reprises et créations :

Le temps des metteurs en scène tout-puissants semble à présent révolu. Clym rappelle que Messiaen avait exigé un droit de regard sur la mise en scène avant de se lancer dans la composition de Saint François. Opinion de P.M. Aubert sur les récents spectacles de l’ONP ? Pragmatique, il va à contre-courant des comptes rendus de la presse : sévère sur Mathis der Maler (« une musique inutilement complexe ») dont le décor, découpé selon des cages étanches, occasionna des arrêts de travail, il se montre étonnamment indulgent quant au Ring de Günter Krämer : le chœur, il est vrai limité à quelques interventions dans le Götterdämmerung, chante de manière frontale sur des escaliers ; dramatiquement peu convaincant pour un certain nombre d’entre nous, ce procédé à le mérite de ne pas nuire à l’émission vocale.
Les petits amendements apportés d’une représentation à l’autre sont parfois le fruit d’un problème technique qui échappe au public : un beau soir, lors du final du Götterdämmerung à Bastille, la plateforme tournante s’est bloquée… P.M.Aubert en vient à appréhender certaines reprises (Mathis) où l’on ne tiendrait pas compte des problèmes rencontrés par le chœur lors des précédentes représentations.
Les réticences coutumières face à une nouvelle œuvre contemporaine une fois vaincues, il fallait se familiariser avec les rythmes de Mantovani - dont la complexité le disputait au Saint François de Messiaen - et à la prononciation du français contemporain voulue par le compositeur. Très à cheval sur ces notions de prononciation et de liaison propres à la langue française (le fameux « Je suis z’Escamillo » de Carmen), P.M.Aubert n’hésite pas, en cas de doute, à consulter des traités sur le sujet où des amis de la Comédie-Française.

Le quotidien et recrutement :

Il n’existe pas de formation particulière dans les conservatoires pour devenir choriste. Tous ont reçu une formation de soliste, c’est pourquoi P.M.Aubert tient à la dénomination « d’artiste ». Lors d’un poste à pourvoir, un minimum de 200 candidats se présente au concours d’entrée. Le chef de chœur doit assister à toutes les séances, mais le directeur de l’ONP a le dernier mot. Contrairement au recrutement des musiciens d’orchestre, les séances n’ont pas lieu à l’aveugle. Le jury prend en compte les capacités du/de la candidat(e) à se mouvoir et ses talents de comédien(ne). On a constaté, récemment, une proportion importante de Coréens : « ils sont très bons et raflent tous les concours » (Dong-Jun Kim précise qu’il est très courant en Corée de pousser la chansonnette lors des repas familiaux !).
« Et le physique des chanteurs ? » demande Nicole Duault. P.M.Aubert dit privilégier les capacités vocales des choristes aux dépens de l’esthétique (« tout le monde n’est pas Jonas Kaufmann ! ») : ainsi une chanteuse gironde sera-t-elle placée au premier rang si sa santé vocale surclasse celle de sa voisine à la plastique pourtant plus avantageuse. « C’est aussi mon boulot ! ».
L’Opéra de Paris ne disposant que d’un chœur pour deux orchestres, il se peut qu’on fasse appel à des surnuméraires. Les choristes ayant un rôle soliste reçoivent un cachet. Ils ont également la possibilité de se produire à l’extérieur en tant que solistes, par exemple dans un opéra de province. Auquel cas, ils demandent un congé sans solde. « Pour moi, c’est tout bénef ! » affirme P.M.Aubert qui apprécie les retombées avantageuses de ces engagements en vue desquels les chanteurs travaillent et progressent.

Les sujets qui fâchent :

Demeuré silencieux sur son salaire et celui du directeur de l’ONP, P.M.Aubert n’a pu éviter les remarques et questions parfois impertinentes de Pierre-René Serna, qui déplore, avec Nicole Duault, l’indiscipline du chœur lors des représentations. Dont acte ; mais le chef de choeur, installé en coulisse, n’est pas en mesure de les observer.
Arrive la sempiternelle question des micros à Bastille. Pour Pierre-René Serna - et certainement un grand nombre d’entre nous in petto - cela ne fait pas de doute, sinon comment expliquer le rendu sonore identique, que le chanteur chante de face ou tourne la tête ? Réponse catégorique d’Aubert : « Il n’y a pas de micros ». Pour lui cette impression est due en grande partie aux bruits parasites de Bastille (notamment la climatisation) et à des phénomènes de résonance qui faussent l’acoustique, y compris dans la fosse d’orchestre. A cela s’ajoutent parfois les impondérables, tel ce petit plaisantin qui appuya sur la touche lecture de son magnétophone lors de la première du Götterdämmerung (cf article de Christian Merlin parut dans le Figaro du mardi 7 juin) ou la grève d’un technicien (par exemple celui chargé du levé de rideau) qui, malheureusement, suffit à faire annuler toute une représentation.

Tout le monde s’accorde à reconnaître que le chœur de l’ONP est l’un des meilleurs du monde et à saluer le travaille accompli par Patrick Marie Aubert depuis qu’il est à sa tête (« digne de Norbert Balatsch ! » pour Clym). Sans nous avoir livré tous les mystères de « la grande boutique », P.M.Aubert s’est montré à tous égards passionnant et s’est même engagé à inviter les membres de la PMI pour assister à une journée de répétition dans le courant de la saison prochaine.



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