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Marc Albrecht

par Didier van Moere

Un chef allemand en poste à Strasbourg depuis la rentrée, connu des Parisiens pour avoir dirigé à l’Opéra Juliette de Martinu en 2002 et De la maison des morts de Janacek en 2005, et qui vient donner Salomé de Strauss salle Pleyel : la PMI se devait d’avoir rendez-vous avec Marc Albrecht. Elle l’a accueilli avec Patrick Minard, directeur administratif de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, et Viviane Andolfi, attachée de presse. Ils ont répondu aux questions de la PMI au cours d’un de ses déjeuners mensuels, le lundi 28 mai, la veille du concert.

Prendre en main un orchestre
On résout d’abord une partie des problèmes avec les gestes. Le choix des répertoires oriente ensuite l’orchestre dans une certaine direction. Pour le travail en commun, l’équilibre entre les pupitres, les contrastes, nous avons beaucoup joué Strauss. Les Symphonies de Beethoven aussi, où j’ai mis les seconds violons à droite, avec peu de vibrato. La chose la plus difficile est de trouver un vrai style pour Mozart, Haydn, Beethoven, Schubert, qui relèvent encore de la musique de chambre. C’est la base du travail d’un orchestre, cela nous a beaucoup aidés pour Salomé.

Découvrir la modernité
Nous avons commencé un cycle Berg, qui s’étalera sur deux saisons. Berg est pour moi un phare musical, presque jamais joué à Strasbourg, sinon au cours du festival Musica. Je trouve un peu trop confortable de ne jouer les modernes qu’à Musica et le grand répertoire chez nous. Je voulais faire découvrir Berg au public et à l’orchestre : c’est difficile pour les deux. Le Concerto de chambre leur a demandé un grand effort. Il faut commencer par les classiques de la modernité, comme Berg, Bartok, Janacek. Chez eux je me sens chez moi.

Couleurs françaises
Pour les Français, Debussy, Dutilleux, Ravel, je compte sur l’orchestre : les orchestres allemands ne les jouent pas avec le même son, les mêmes couleurs. J’ai dirigé Saint François d’Assise en 2002 à la Deutsche Oper de Berlin : il a fallu quelques mois pour changer le son. Trente répétitions avec l’orchestre, beaucoup de répétitions partielles aussi. Pour l’année Messiaen, en 2008, je dirigerai à Strasbourg la Turangalîla-Symphonie, que je n’ai encore jamais donnée.

Souvenirs de Bayreuth
J’ai dirigé quatre saisons de suite Le Vaisseau fantôme [à partir de 2003] à Bayreuth. C’est un de mes grands souvenirs. La réverbération du son, si spécifique, était très stimulante pour moi. Nous formions une excellente équipe et la production de Claus Guth était très intéressante. Cela dit, mon plus grand souvenir vient de la Semper Oper à Dresde, où j’ai dirigé La Femme sans ombre il y a quelques mois. C’est l’un des cinq plus grands opéras du monde, par l’orchestre, la salle, l’acoustique.

Orchestre et Opéra
Je ne voulais pas, comme mon prédécesseur, être à la fois responsable de l’Opéra et du Philharmonique. Les œuvres que j’aime n’ont pas leur place à l’Opéra, qui convient à Mozart, au bel canto. On va voir ce que donnera Fidelio que je dirigerai à la fin de la saison prochaine. Le Ring ne pouvait que décevoir : la fosse est trop petite, il faut mettre des cuivres et des percussions dans les loges. Je clarifierai nos relations avec le nouveau directeur : par exemple, on confie à l’OPS les opéras à grand effectif, alors que nous devons aussi jouer du Mozart.

Orienter le public
Nous comptons 3.300 abonnés, dont 800 Allemands. Nous devons initier notre public à des œuvres nouvelles pour lui, en insérant par exemple une œuvre moins connue ou plus moderne à l’intérieur d’un programme conforme à ses habitudes. Cela nécessite un travail de communication : les abonnés ont toujours tendance à vouloir réentendre ce qu’ils connaissent, même si la musique de Berg a cent ans. Mais ils nous sont restés fidèles.

Actions pédagogiques
Nous avons une action orientée vers les maternelles et les collèges. Le travail de préparation à chaque concert passe par une introduction avec un matériel spécifique que nous distribuons dans le cadre d’ateliers, où l’on s’attache à situer l’œuvre dans son contexte, pas seulement musical, mais aussi artistique et politique. Notre compositeur en résidence, Marco-Antonio Pérez-Ramirez, est en résidence pédagogique, il est le responsable artistique de l’action pédagogique.

Statut et subventions
Le budget culture de la ville de Strasbourg est traditionnellement très important, l’équivalent de celui de Lyon – qui a pourtant presque deux fois plus d’habitants. C’est une conséquence de l’histoire de la région : la France et l’Allemagne se sont aussi battues à coup d’institutions culturelles. L’Orchestre a les avantages et les inconvénients d’une régie municipale : nous bénéficions d’une subvention substantielle, mais tout est soumis à l’approbation du maire.



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