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L'évolution de la vie musicale au Luxembourg
par Remy Franck
Augmentation du rayonnement international, accroissement de l'offre et de la demande: ce sont là deux éminentes caractéristiques de l'évolution de la vie musicale du Grand-Duché.
En Europe, le Luxembourg occupe une place enviable dans la statistique: Une enquête réalisée en 2005 montre que 38% de la population assistent au moins une fois par an à un concert, ce qui place le pays en septième position, après la Lituanie, la Suède, la Lettonie, l'Estonie, le Danemark et la Tchéquie. L'Allemagne suit à la dixième place, la patrie de Mozart, l'Autriche, à la 14e place. La musique classique y est pour beaucoup dans ce bon résultat du Grand-Duché. Approximativement 45% des manifestations sont du genre classique, ce qui correspond à peu près au pourcentage de mélomanes assistant à des concerts.
Le Philharmonique, un pilier de la vie musicale
Mais ce qui est autrement plus important c'est que la plupart des gens vont souvent au concert, que 82% des mélomanes sont satisfaits de l'offre et que 60% ne se déplacent jamais à l'étranger pour aller écouter de la musique. Il est frappant de voir le nombre de jeunes gens se rendant aux concerts classiques: 34,2% ont moins de 45, 12,2 % moins de 35 ans. Manifestement, l'éducation musicale offerte par les Jeunesses Musicales et d'autres institutions comme la Philharmonie et 'login:music', le programme éducatif de l'Orchestre Philharmonique, y est pour beaucoup.
Une autre comparaison est hautement significative: sur un total de 116.000 auditeurs qui ont assisté à un concert classique, l'Orchestre Philharmonique en a rassemblé 51.000. Cela montre l'importance de l'Orchestre national dans la vie musicale du pays, qui, aussi riche et foisonnante qu'elle puisse être de nos jours, a débuté bien modestement.
Musique médiévale dans les châteaux du pays, musique religieuse dans les églises, et très sporadiquement, la visite de l'une ou l'autre grande figure du monde musicale: Franz Liszt (en 1845, puis en 1886 où il donna son dernier concert public ici-même), son grand rival Sigmund Thalberg, Clara Schumann…. La vie musicale luxembourgeoise n'a rien de spectaculaire au 19e siècle. Elle n'a pas fait partie des grands réseaux musicaux européens et s'est développée, pour ainsi dire, en vase clos.
Jusque dans les années 1930, la plupart des compositeurs écrivent surtout pour les chorales, les fanfares, ou alors pour de petits ensembles vocaux ou instrumentaux. Les genres de la marche militaire, de la musique sacrée et de l'opérette dominent pendant une très longue période. C'est d'ailleurs l'opérette, proche du vaudeville, qui reflète le mieux les traditions nationales, voire locales. Il est regrettable que, dans un courant musical global, l'opérette ait perdu de son attractivité et que les chefs-d'œuvre d'un Edmond de la Fontaine, dit Dicks, soient tombés dans l'oubli.
Avec les ambitions croissantes, la musique de chambre prend une certaine ampleur et dès 1933, avec la création de l'Orchestre de Radio?Luxembourg, le genre symphonique n'est plus négligé.
Aujourd'hui, trois acteurs majeurs servent la création musicale. La plus ancienne en est la 'Lëtzebuerger Gesellschaft fir Nei Musek' (Société luxembourgeoise de musique contemporaine). 'United Instruments of Lucilin' est une formation révélée au public en 2000, lors des ‘Rainy Days’, premier festival luxembourgeois consacré à la musique contemporaine. Une troisième association a pris une orientation spéciale en se concentrant sur la musique électro-acoustique: 'Noise Watchers Unlimited'
Ensembles et solistes de renommée
Mais ce ne sont pas uniquement les compositeurs qui enrichissent la vie musicale. Il y a au Luxembourg un si grand nombre d'ensembles, de chorales et de solistes qu'il serait vain de vouloir tous les énumérer. Citons tout de même l'ensemble de musique ancienne 'Tempus est iocundum', le Quatuor Louvigny, le Quatuor du Luxembourg ou le 'Kammermusikveräin Letzebuerg' et des solistes comme la violoncelliste Françoise Groben, la violoniste Sandrine Cantoreggi, les pianistes Béatrice Rauchs, Jean Muller, Francesco Tristano Schlimé et David Ianni, la soprano Mariette Lentz et le baryton Carlo Hartmann.
Créé en 1933 par Radio-Luxembourg, l'Orchestre Philharmonique du Luxembourg, orchestre national depuis 1996, joue un rôle très important dans la vie musicale luxembourgeoise. Avec son directeur musical Emmanuel Krivine, l'Orchestre connaît d'éclatants succès à l'étranger. Au Luxembourg, il a ses propres séries de concerts ainsi que des concerts pour les jeunes et pour les familles à la Philharmonie. Beaucoup de chefs d'orchestre et des solistes de renommée internationale participent aux concerts de l'Orchestre à Luxembourg ainsi qu'à l'étranger. La production discographique est considérable et a été récompensée par plus de 75 prix internationaux.
De nombreux autres ensembles et formations diverses assurent la vitalité de la vie musicale classique du Luxembourg et offrent une importante variété de styles.
Les 'Solistes Européens, Luxembourg' ont été fondés en 1989. Placés sous la direction de Jack-Martin Händler, ils se composent de musiciens recrutés dans différents ensembles européens. Plusieurs fois par an, ces musiciens se retrouvent à Luxembourg pour des séances de répétition, des concerts et des enregistrements. Les Solistes Européens Luxembourg sont liés aux Soirées de Luxembourg, un cycle de concerts de prestige organisé par les Jeunesses Musicales.
'Les Musiciens - Orchestre de chambre du Luxembourg', existent depuis 1974 et enrichissent la vie musicale par une programmation originale. Cet orchestre donne aussi régulièrement des concerts à l'étranger.
A ces ensembles orchestraux se joignent pour certains concerts une ou plusieurs des nombreuses chorales qui constituent un élément vital de la vie musicale. En 2003, le Ministère de la Culture a créé le Chœur National du Luxembourg qui se compose des meilleurs chanteurs recrutés dans plusieurs chorales du pays.
Si, dans le passé, la vie musicale se concentra sur Luxembourg et Esch?Alzette (les deux seules villes où il y avait un théâtre avec une salle de concert), l'offre est aujourd'hui beaucoup plus diversifiée, avec un nombre jugé parfois même trop élevé de concerts aux Conservatoires de Luxembourg, dans la belle salle du Centre des Arts Pluriels d'Ettelbruck, au Centre Neumünster à Luxembourg, au Château de Bourglinster et sur de nombreux autres sites. En effet, de plus en plus de communes construisent des salles pour leurs programmes culturels, des auditoriums dont la réalisation a été soigneusement étudiée: plus importants, comme celui d'Echternach, ou de plus petite taille, comme celui de Bertrange.
Evidemment, la Philharmonie Luxembourg joue un rôle prépondérant en présentant non seulement les concerts de l'Orchestre Philharmonique et d'autres ensembles luxembourgeois, mais en invitant les plus grands orchestres du monde tels que le Philharmonique de Vienne, le New York Philharmonic, le London Philharmonic, l'Orchestre de Paris, le San Francisco Symphony etc., avec des chefs et des solistes parmi les plus renommés.
Au nombre vraiment impressionnant de concerts viennent s'ajouter des abonnements d'opéras par le Théâtre National (opéra contemporain) et dans les deux théâtres, à Luxembourg et à Esch?sur?Alzette. Si Esch-Alzette achète ses productions à l'étranger, le Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg a commencé, en 2004, une politique de co-production avec d'importantes maisons d'opéra européennes. C'est ainsi que le Luxembourg a participé à quelques-unes de plus prestigieuses productions opératiques des dernières années.
Le Grand Théâtre et la Philharmonie Luxemburg, en collaboration avec l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg, le Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean et le Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg, sont à l'origine du Luxembourg Festival, créé en 2007, pour augmenter le rayonnement culturel luxembourgeois à travers un positionnement commun identifiable tant au niveau national qu’international.
Ainsi le festival présente aussi bien Le Nozze di Figaro avec Concerto Köln (en coproduction avec le Festival d’Aix-en-Provence), Don Giovanni en version concert avec l'Opéra d'Etat de Vienne, Der Ring des Nibelungen avec l'ensemble du Festival de Bayreuth sous la baguette de Christian Thielemann, une création mondiale du 'Nederlands Dans Theater' et bien d’autres spectacles.
Fondé en 1952 le Festival de Wiltz a aujourd'hui une longue tradition et une renommée internationale. Organisant chaque année des représentations théâtrales, des opéras et des concerts de musique classique et de jazz,
le comité organisateur de Wiltz peut chaque été présenter de grands artistes sur la scène du superbe théâtre en plein air.
Le Festival d'Echternach présente ses programmes prestigieux à la fois dans la charmante ville de la Sûre et à la Philharmonie Luxembourg. A ces deux grands festivals s'ajoutent des festivals comme le 'Klénge Maarnecher Festival', 'Musek am Syrdall', les Rencontres de la Vallée de l'Alzette, la 'Schubertiade Luxembourg', le' Hierschtfestival Heischent' et le festival international de musique d'orgue de Dudelange.
Avec la présence d'un excellent orgue de concert à la Philharmonie, avec le superbe orgue construit en 1912 par le facteur d’orgues Georg Stahlhuth en l'église Saint-Martin de Dudelange, et de bien d'autres orgues de grande qualité, les associations oeuvrant en faveur de la musique d'orgue connaissent de grands succès. Depuis la restauration de l'orgue de Dudelange en 2002, les éditeurs discographiques internationaux s'y pressent pour enregistrer des CD. Plus d'une douzaine de productions ont déjà été publiées sur le marché discographique mondial.
À la conquête d'un nouveau public
Si les Jeunesses Musicales du Luxembourg, fondées en 1946, ont donné à d'innombrables jeunes la possibilité d'apprendre à connaître la musique, il y a aujourd'hui d'autres acteurs qui contribuent à former le public de demain, tels que le département éducatif de l'Orchestre Philharmonique, 'login:music'. et le département éducatif de la Philharmonie Luxembourg. La radio culturelle publique 'Radio 100.7', créée par l'Etat en 1993, ainsi que le magazine Pizzicato, membre e.a. du jury des MIDEM Classical Awards, prolongent la vie musicale du côté médiatique.
Radio de service public, 'Radio 100,7' émet des programmes à finalité socioculturelle intégrant information, culture et divertissement. La radio offre un programme musical varié et de qualité à dominante classique. Mais cette radio ne veut donc pas seulement être un simple diffuseur de programmes radiophoniques, elle est aussi un animateur culturel désireux de soutenir la création artistique au sens large du terme. C’est à ce titre que la radio procède à de nombreux enregistrements de concerts. Ayant passé un accord de coopération avec la Fondation Henri Pensis qui gère l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg, la radio consacre son émission hebdomadaire 'Philharmonie' à la diffusion exclusive des concerts de l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg et offre ces concerts aux autres radios européennes dans le cadre de l’échange 'Euroradio' de l’UER (Union Européenne de Radio-Télévision), la plus grande salle de concert au monde. Il en est de même de concerts donnés dans le cadre du Festival International de Musique d’Echternach - Luxembourg et du Festival de la ville de Wiltz.
La radio est aussi le partenaire privilégié d’autres ensembles musicaux et/ou de festivals, voire de manifestations culturelles et sociales au Luxembourg.
Force est donc de constater que, la vie musicale du Luxembourg fait preuve d'un dynamisme remarquable. Aujourd'hui, le pays entier résonne des musiques les plus diverses. Pour le dire en termes économiques dans ce monde globalisé: Le Luxembourg musical est allé à la Bourse, il a rejeté la carcasse incestueuse du petit pays immobilisé trop longtemps par un complexe d'infériorité, pour jouer le rôle qui lui revient tout naturellement. Et ce n'est pas le moindre mérite des ministres de la Culture successifs, que d'avoir doucement mené cette vie musicale luxembourgeoise en direction justement de ce professionnalisme accru, sans lequel aucun acteur n'a une chance sur le marché international. L'Etat luxembourgeois alloue des aides publiques considérables à la vie musicale et est en dialogue avec les acteurs de la vie musicale dans le cadre du Conseil de la Musique. La protection des droits d’auteur dans le domaine musical est assurée par la SACEM.
Le pas fondamental dans l'appréciation de ce qui se fait sur la scène nationale est de se libérer enfin de ce maniérisme néfaste qui mesure les choses à la taille du pays. Une prestation n'est pas meilleure parce que le musicien vient d'un petit pays, mais elle doit être prise en considération par ce qu'elle vaut intrinsèquement. Le monde musical, comme la langue qu'il parle, n'a pas de frontières. Insérer l'élément luxembourgeois dans un contexte global a également été la recette du dernier-né des projets musicaux: le concours de direction d'orchestre Evgenyi Svetlanov qui a démarré en grande pompe en 2007 sous la présidence de Mme Svetlanov et avec comme président du jury, Vladmir Ashkenazy.
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