> Hommage à HOWARD CHANDLER ROBBINS LANDON
par
Marc Vignal

Spécialiste incontesté de Haydn et de Mozart, Robbins Landon, décédé en novembre dernier, a occupé une place éminente dans la vie musicale de notre temps. Notre ami Marc Vignal, qui l’a bien connu, lui rend hommage au nom de la Presse Musicale Internationale.

Le musicologue américain Howard Chandler Robbins Landon est mort le 20 novembre 2009, à l’âge de 83 ans, au château de Foncoussières à Rabastens, dans le Tarn, où il résidait depuis 1984. Son nom reste essentiellement attaché à celui de Haydn, mais il a aussi travaillé sur d’autres compositeurs, en particulier Mozart.

Né à Boston le 6 mars 1926, il étudia à l’Université de cette ville (1945-1947), où il trouva définitivement sa voie grâce à son principal professeur, Karl Geiringer (1899-1989). C’est cependant dès 1939 qu’il avait décidé de consacrer sa vie à Haydn, ce grand inconnu. Il comprit que ses activités futures ne pouvaient se dérouler qu’en Europe, et commença ses recherches comme officier dans l’armée américaine à Vienne. En 1949, à son instigation, fut fondée à Boston puis à Vienne la Haydn Society, avec comme objectif la poursuite de l’édition complète interrompue depuis 1933. Quatre volumes parurent jusqu’en 1951. Parallèlement, la Haydn Society lança une série de disques consacrés surtout à Haydn et qui en ces débuts du microsillon firent date auprès du « grand public » : œuvres pour la plupart jamais enregistrées, voire jamais jouées depuis le XVIIIe siècle. De Haydn, une trentaine de symphonies, quarante-six quatuors à cordes, six concertos, en premières discographiques La Création et Les Saisons sous la direction de Clemens Kraus ou encore six messes dont la Nelsonmesse avec Lisa della Casa et en 1950 l’opéra Orfeo ed Euridice, jamais joué intégralement auparavant. De Mozart, en premières discographiques, Idomeneo, la Messe du Couronnement et celle en ut mineur.

Landon fonda sa réputation avec le livre The Symphonies of Joseph Haydn (1955). Son exploration des sources tchèques ou hongroises à partir de 1958-1959 lui fut grandement facilitée par son statut de correspondant du Times de Londres. On le vit également dans les abbayes autrichiennes ou à Donaueschingen : c’est là qu’en 1957 il déterra dans les archives Fürstenberg de précieuses copies d’époque de onze des douze Symphonies londoniennes. Largement grâce à lui, de 1959 à 1970, des opéras de Haydn furent ressuscités à Aix et au festival de Hollande. En 1959, il publia en traduction anglaise et avec comme titre The Collected Correspondence and London Notebooks of Joseph Haydn la première édition complète de la correspondance et des Carnets de Londres du compositeur. On lui doit l’édition de très nombreuses œuvres de Haydn, en particulier la première édition critique de toutes les symphonies (1963-1968). Surtout, il a publié entre 1976 et 1980 le plus vaste ouvrage jamais réalisé sur Haydn (cinq volumes totalisant plus de trois mille pages : Haydn.Chronicle and Works. Sur Mozart se succédèrent cinq ouvrages dont Mozart’s Last Years (1988) et Mozart. The Golden Years, 1781-1791 (1989).

Il a enseigné et reçu de nombreuses distinctions. Il n’y a pas lieu de dresser ici la liste complète de ses travaux : livres et brochures (une trentaine), sans compter ceux dont il fut rédacteur en chef (The Mozart Compendium, 1991), éditions de musique (une douzaine de compositeurs), réalisations discographiques, cassette vidéo (sur Mozart, Haydn et Venise), direction de festivals, près de deux cents articles et comptes rendus, etc. Peu de musicologues ont atteint une telle célébrité hors de leur sphère d’activité, son nom était connu bien au-delà de la communauté des spécialistes. Pour lui, la musique demandait certes à être étudiée, mais plus encore entendue, elle devait être rendue accessible au plus grand nombre grâce à de bonnes éditions, de bons enregistrements et de bons concerts.

Bon vivant, généreux et à stature de géant, Robbins Landon aimait s’entourer de collègues et d’amis et les recevoir chez lui. Je l’ai rencontré pour la première fois à Paris il y a un demi-siècle, à l’automne de l’année Haydn 1959, et bénéficié plus d’une fois de son hospitalité, en Italie, en Autriche et à Foncoussières (où je l’ai vu pour la dernière fois en 2001). Je n’oublie pas nos multiples rencontres, ces relations amicales et professionnelles restent un de mes plus précieux souvenirs. Il est sûr que mon Joseph Haydn de 1988 doit beaucoup à Chronicle and Works, dont Landon m’envoya des chapitres – surtout de The Early Years – avant leur parution. Sur une des missives que j’ai reçues de lui, datée du 17 octobre 1970, il écrivit à propos de Chronicle and Works : « J’ai fait 160 pages du livre. Cela est long, comme dirait Zinzendorf. » Et le 13 septembre 1994 : « Je reviens juste d’Allemagne où nous avons fait la Missa S. Bernardi de Offida avec Bruno Weil. Extraordinaire ! » Tout Robbins Landon est dans cette exclamation.

(Version abrégée d’un article nécrologique paru dans la Revue de Musicologie en janvier 2010).


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