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L'hymnologie,
une discipline à découvrir
par James LYON
Guy Erismann nous fait découvrir une science musicologique peu connue, l'hymnologie. Il donne la parole à James Lyon, directeur du Conservatoire d'Evry où il enseigne l'hymnologie. James Lyon est également chargé de cours à la Faculté libre de Théologie protestante de Paris.
En tant que discipline à caractère scientifique, l’hymnologie est pratiquement inconnue en France . En revanche, dans les pays germaniques, anglo-saxons et scandinaves, elle est intégrée dans un cursus relatif, notamment, à la formation des musiciens d’église. Cet enseignement prend en considération le « cantique » (Kirchenlied) et sa disposition au sein du Gesangbuch . Son domaine concerne l’histoire du chant, des formes, des fonctions, l’herméneutique de la mélodie, l’art poétique, la musique, l’étude et l’exégèse bibliques, l’histoire, la littérature, l’anthropologie et la liturgie. Ce faisant, en tant que matière à part entière, elle intègre la musicologie, la philologie et le folklore.
Au sein
du monde protestant, les pasteurs et les théologiens s’initient
à l’hymnologie afin de mieux organiser le culte et établir
une relation étroite entre le chant, la liturgie et la prédication.
En cela, l’hymnologie fait partie - à l’intérieur
d’un parcours universitaire organisé - de la théologie
pratique. Elle appartient - au sein de la culture luthérienne - autant
à l’éducation qu’à l’instruction. De
fait, elle contribue à développer la compréhension du
sens.
L’hymnologie a pour objet d’étude principal le chant naturel,
plus précisément la mélodie et ses modalités diversifiées.
Le chant, en tant qu’il est considéré à partir
de ses plus lointaines origines. Autrement dit, le chant approché tel
un « mythe sonore ». Séparer sociologiquement - du point
de vue de la culture - les multiples destinations du chant limiterait, de
façon arbitraire, une expression fondamentale de l’existence.
Ne privilégier, par exemple, que le chant occidental serait, de même,
insuffisant. Ce serait, en quelque sorte, développer l’étude
d’une « mythologie sonore » au détriment d’une
autre. Ainsi, les musiques « non européennes » - celles
de la Chine et de l’Inde, entre autres - méritent, de toute évidence,
d’être introduites dans un cursus d’hymnologie cohérent
en ce qui concerne sa démarche scientifique.
L’origine du mot hymne renvoie, essentiellement, à la culture
grecque antique qui constitue, pour nous, un double fondement, d’abord
polythéiste, puis monothéiste. Pour une approche cohérente
de l’hymnologie, il conviendrait, donc, d’articuler historiquement
trois grandes parties : l’hymnologie préhistorique et antique
jusqu’à l’apôtre Paul - l’hymnologie chrétienne
de l’apôtre Paul jusqu’au Réformateur Martin Luther
(1483-1546) - l’hymnologie moderne de la Réformation jusqu’à
nos jours. Cela, en harmonisant, au sein de ces périodes, les éléments
religieux, mythologiques et folkloriques.
L’étude de l’hymne - au sens large du terme - implique,
par conséquent, deux niveaux : celui de la culture, des sources, qualitatif
et psychologique, et celui de la civilisation, quantitatif et sociologique.
On peut, à juste titre, considérer que l’hymnologie moderne
est née avec Martin Luther et s’est donc plus particulièrement
développée, en Occident, dans un contexte protestant.
L’HYMNOLOGIE, AUJOURD’HUI, EN FRANCE
De nos
jours, en France, l’hymnologie est enseignée à Strasbourg
dans le cadre de la Faculté de théologie protestante. Elle s’inscrit
naturellement au sein d’une tradition luthérienne. La «
coordination en matière de formation » de l’Église
réformée de France s’intéresse à l’hymnologie
lorsqu’elle s’y réfère pour la constitution méthodique
d’un recueil destiné à la catéchèse. J’assure,
pour ma part, une charge de cours, en ce domaine, à la Faculté
libre de théologie protestante de Paris.
Dans le monde séculier, l’hymnologie constitue le socle d’une
pédagogie de la musique destinée au plus jeunes, dès
la crèche jusqu’à l’apprentissage instrumental,
en passant par le jardin musical. En effet, depuis de nombreuses années,
le Conservatoire Albéric Magnard d’Évry
Essonne)
dispense un enseignement en « hymnologie pratique » et en «
hymnologie théorique ». Il s’agit, en cela, de valoriser
la mélodie considérée comme « phénomène
premier du langage musical ». De la sorte, l’apprentissage par
l’oralité devient une nécessité pédagogique
dont l’objectif est de maîtriser les « mélodies naturelles
» pour mieux en comprendre leur exploitation ultérieure au sein
de la polyphonie et de l’harmonie, dans le contexte de la musique savante.
Un enfant - capable de mémoriser un certain nombre de mélodies
modales - retrouvera aisément leurs différents archétypes
lorsqu’il abordera l’écrit, en étant confronté
à une partition. Il pourra reconstituer, en toute évidence,
la dramaturgie des différentes formes inhérentes au discours
musical. L’expérience pratique de l’hymnologie commence,
en réalité, à la maison avec le répertoire des
berceuses et autres chants pour enfants. Il se poursuit, en crèche
avant de se développer à l’école de musique, en
continuité naturelle. De ce fait, l’étude du solfège
« sec » est remplacée par l’« hymnologie pratique
» qui préconise de vivre la mélodie, en se l’appropriant
par la mémoire, donc par l’émotion. Lorsque l’enfant
s’intellectualise, il s’initie à l’« hymnologie
théorique » par laquelle il comprend la pensée musicale,
son architecture et ses nombreuses formulations. Pour cela, il suffit de puiser
dans le vaste répertoire transmis depuis des générations.
Enfin, lorsqu’il s’épanouit - et par la pratique et théoriquement
- l’étudiant aborde l’Histoire de la Musique à partir
des critères de l’hymnologie, « science des sources mélodiques
et poétiques ». Ce faisant, il se rend compte que la plupart
des grands compositeurs se sont inspirés de ces sources tout en les
exploitant par leur génie propre. L’hymnologie exige, par conséquent,
d’étendre ses relations à d’autres disciplines avec
lesquelles elle constitue la culture, à savoir l’imagination,
la capacité créatrice qui ne peuvent se comprendre que par analogie
avec les sources dont elles s’inspirent essentiellement.
À cet égard, l’exemple remarquable d’un Leoš
Janácek (1854-1928) mérite, de même, d’être
étudié dans sa dimension hymnologique. En collectant les mélodies
populaires moraves, ce compositeur a fait preuve
d’une réelle compétence hymnologique tout comme les frères
Grimm - au début du XIXe siècle - l’ont incarnée
avec leurs travaux sur les contes.
Cet enseignement de l’hymnologie peut se prodiguer autant au niveau
universitaire qu’à celui de l’enseignement élémentaire
- autant en milieu religieux que dans le monde séculier. Les enfants
qui en ont bénéficié ont développé le sens
du discours musical et ont prouvé leur capacité à faire
réellement de la musique en équilibrant sentiment et idée.
Leur imagination est maîtrisée.
De grands hymnologues français ont œuvré en leur temps.
Parmi eux, Achille Millien (1838-1927), Julien Tiersot (1857-1936) et Joseph
Canteloube (1879-1957). Leurs études et collectes ont contribué
à assurer une dimension scientifique à l’hymnologie de
langue française. Hélas, leurs travaux sont injustement oubliés.
Pourtant, ils ne déméritent aucunement face à ceux de
leurs collègues européens, tels le tchèque Martin Zeman
(1854-1919) ou l’anglais Cecil James Sharp (1859-1924).
La revitalisation d’une pratique et d’une recherche en hymnologie
ouvrirait de belles perspectives, probablement encore insoupçonnées.
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