Jean Nithart
créateur et ancien directeur de la collection Musique chez Fayard

Guy disparu, je réalise seulement maintenant combien sa personnalité si attachante, si revigorante s’identifiait pleinement
aux traits les plus lumineux de cette musique tchèque qu’il aima et servit tout au long de sa vie, avec la passion que l’on sait.
Cette part de fraîcheur, de généreuse spontanéité, de ferveur, d’enthousiasme, en même temps
que de mélancolie, de tendresse, de lyrisme dont cette musique est nourrie, jaillissait en effet de sa personne, avec la même
séduction, le même naturel.
Pour reprendre l’appellation sous laquelle on range les pionniers de la recherche historique et linguistique tchèque du début
du XIXe, je dirais qu’il fut un véritable « éveilleur » du public français à cette culture. Non pas doctement,
mais avec toute sa sensibilité, s’employant à faire sentir, par ses multiples communications orales et ses précieux
écrits, l’âme d’un pays à travers sa musique. On oublie la piètre et dédaigneuse connaissance qu’on avait
de celle-ci en France dans les années 60, avant que Guy ne nous en dévoile progressivement les larges horizons et ne mette en
pleine lumière la figure majeure de Janacek, jusque là quasiment ignorée. Soudain, on nous donnait les clefs de cette
musique si indissociablement liée à son histoire, à sa langue, à sa culture, à sa géographie.
Ce fut pour certains la découverte enthousiaste d’un univers culturel jusque là inconnu. J’en veux pour preuve la nouvelle
vocation que suscita chez un professeur d’allemand, Michel Chasteau, la lecture de son livre sur Janacek, qui marqua le point de départ
d’une fréquentation assidue et enthousiaste de la culture tchèque, le conduisant à appendre la langue. Quelques
années plus tard, il se faisait le remarquable traducteur français du récit si joliment poétique et savoureux de Rudolf
Tesnohlidek,
La Petite Renarde rusée, à l’origine du célèbre opéra.
Si on appréciait chez Guy sa volonté permanente d’entreprendre, celle-ci trouvait sa source dans cette flamme
intérieure qui semblait ne jamais le quitter. Nos chemins s’étant croisés assez tard, mon regret demeure de ne pas
l’avoir davantage interrogé sur son aventure radiophonique et son engagement avignonnais, tous deux à l’origine de tant
d’heureuses commandes et d’inventives productions. Sa modestie nous faisait oublier la richesse de son parcours et les remarquables fruits de
son action.
Il restera pour moi ce promeneur émerveillé et de bonne compagnie, arpentant les prés et les bois de Bohême,
au côté duquel il fut bon et stimulant de cheminer le temps de quelques livres.
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