Jean-Jacques Lerrant journaliste et critique dramatique, ancien inspecteur général des spectacles


Dans la part historiquement aventureuse du Festival d’Avignon de Jean Vilar il faut compter le « théâtre musical » qui apparut au Cloître des Célestins en I969. On le doit à Guy Erismann. Cet homme d’apparence frêle en fut l’instigateur, l’animateur responsable et le chantre malgré une modestie qui l’éloignait des effets et de l’auto-proclamation.

« Théâtre musical, plus exactement carte blanche donnée à des compositeurs et des metteurs en scène pour mener la recherche d’une expression différente de l’opéra traditionnel, associant action et musique », écrivait Paul-Louis Mignon. Chanteurs comédiens et comédiens chanteurs, instrumentistes intégrés à l’action, il s’agissait, dans l’esprit du théâtre populaire, de rendre accessibles au plus grand nombre et avec des moyens décoratifs réduits des formes à la fois narratives et musicales, libres et pourtant structurées, d’une modernité sans concession. Une sorte d’expérience des tréteaux dans un genre imbriquant substantiellement musique et théâtre.

La première saison fut éclatante et décisive. Guy Erismann apportait au festival un Claude Prey sur l’affaire Dreyfus mis en scène par Pierre Barrat, un Syllabaire pour Phèdre (poème de Raphaël Cluzel et musique de Maurice Ohana), un travail sur Antonin Artaud de Gérard Massias dans une mise en scène de Pierre Rousseau, des Musiques éclatées de Konstantin Simonovitch et François Bayle agencées par Jean-Pierre Dougnac, et enfin un admirable Orden, spectacle sur la dictature, de Pierre Bourgeade pour le texte et de Girolamo Arrigo pour la musique, servi par une mise en scène austère de Jorge Lavelli.

La suite des créations au cours des années n’a pas démenti la vigueur et l’audace du projet original et les nuits du théâtre musical sont restées pour moi des souvenirs ardents associés à l’image de Guy Erismann veillant à l’harmonie de ses couples de musiciens et metteurs en scène. J’admirais cet historien érudit, féru de modernité et soucieux de faire partager ses curiosités. Depuis Avignon je n’ai cessé de le considérer comme un puissant rêveur capable de donner souffle et énergie à des formes nouvelles.



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