Sylvie Kabina-Clopet vice -Présidente de l'Association Janáček, directrice de l'agence Toccata-Europe


Lettre à mon fils
Stuttgart, le 30 septembre 2007

Regarde Eduard cette photo prise un été de l’année 2004 par ton papa, tu as quatre ans et Guy Erismann te fait sauter sur ses genoux dans le parc de la Neuve Grange en Normandie! Je vais te raconter...

Nos routes se sont croisées en 1986 dans les échos de la musique de Janácek...j’étais alors étudiante en musicologie à l’Université de la Sorbonne. Rencontre épistolière tout d’abord, transformée peu à peu en solide amitié qui perdura vingt et un ans.

La musique tchèque fut le ciment de notre relation amicale. Guy aimait faire découvrir ce répertoire d’Europe centrale encore peu connu en France....mais il aimait parler « musique » avant tout, de toutes les musiques, des oeuvres, des compositeurs, des interprètes, de l’opéra qu’il affectionnait particulièrement. Les liens entre la musique et l’histoire le passionnaient ; Guy lui reconnaissait une fonction sociale et politique, la musique des pays tchèques en est un si bel exemple.

Guy était un être rempli de curiosité, si naturellement savant, et tout aussi naturellement doué pour la transmission du savoir. Il adorait raconter, pour tous, petits et grands, simples passants ou mélomanes avertis, et captivait son auditoire par le rythme de sa phrase, par l’intonation qu’il y mettait, toujours passionnée, voix qui se voulait convaincante, imposait un respect immédiat, mais sans sévérité. Je n’ai jamais cru à sa timidité de jeunesse qu’il évoquait parfois!

La Radio où il fit carrière toute sa vie fut une véritable vocation et lui apporta soudain des milliers d’auditeurs. Janácek, Martinu, Smetana et Dvorak furent les héros de ses récits. Narrateur d’exception sur France Musique ou France Culture, il nous a tous envoûtés, par delà les monts de Bohème et les rives de la Vltava. Nous lui devons un merci sans fin pour nous avoir révélé, au grand public comme aux artistes et aux décideurs culturels, que Janácek valait largement Puccini. Guy était un homme de conviction qui aimait les débats. Il a dit oui à Michelle, mais aussi à l a musique, aux concerts, au théâtre, aux expos de peinture et à l’écriture, il a dit non aux querelles d’églises, de toutes sortes, et aux modes...oui à l’Amitié et au partage, aux voyages et à la Normandie, non à la musique baroque, à Vienne, et aux vaines paroles, oui aux petits bistrots de campagne, à la jeunesse et à la création! Merci Guy!

Cher Eduard, toi qui est né franco-tchéco-slovaque, qui appelle par confusion ta tante Jana de Prague : Janá-cek, tu sais pourquoi la musique tchèque prend toute sa place en France désormais.

Ta maman qui t’embrasse très fort.



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